Ecoles du Monde
L'homme qui plantait des arbres



L'homme qui plantait des arbres


Pour que le caractère d'un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l'idée qui la dirige est d'une générosité sans exemple, s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de récompense nulle part et qu'au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d'erreurs, devant un caractère inoubliable.
Il y a environ une quarantaine d'années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.
Cette région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa source jusqu'à Die; à l'ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-Ventoux. Elle comprend toute la partie nord du département des Basses-Alpes, le sud de la Drôme et une petite enclave du Vaucluse.
C'était, au moment où j'entrepris ma longue promenade dans ces déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à 1300 mètres d'altitude. Il n'y poussait que des lavandes sauvages.

Je traversais ce pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à côté d'un squelette de village abandonné. Je n'avais plus d'eau depuis la veille et il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine, comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu'il avait dû y avoir là, dans le temps, une fontaine ou un puits. Il y avait bien une fontaine, mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute vie avait disparu.

C'était un beau jour de juin avec grand soleil, mais sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient ceux d'un fauve dérangé dans son repas.
Il me fallut lever le camp. A cinq heures de marche de là, je n'avais toujours pas trouvé d'eau et rien ne pouvait me donner l'espoir d'en trouver. C'était partout la même sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc d'un arbre solitaire. A tout hasard, je me dirigeai vers elle. C'était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui.
Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau - excellente - d'un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.

Cet homme parlait peu. C'est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C'était insolite dans ce pays dépouillé de tout. Il n'habitait pas une cabane mais une vraie maison en pierre où l'on voyait très bien comment son travail personnel avait rapiécé la ruine qu'il avait trouvé là à son arrivée. Son toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles le bruit de la mer sur les plages.
Son ménage était en ordre, sa vaisselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu'il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.
Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu'il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.

Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là; le village le plus proche était encore à plus d'une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flans de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l'on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d'une rudesse excessive, aussi bien l'été que l'hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L'ambition irraisonnée s'y démesure, dans le désir continu de s'échapper de cet endroit.
Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions, puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancoeurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l'église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.

Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l'un après l'autre avec beaucoup d'attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l'aider. Il me dit que c'était son affaire. En effet : voyant le soin qu'il mettait à ce travail, je n'insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s'arrêta et nous allâmes nous coucher.
La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l'impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m'était pas absolument obligatoire, mais j'étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d'eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.

Je remarquai qu'en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d'environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l'endroit où je me tenais. J'eus peur qu'il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout : c'était sa route et il m'invita à l'accompagner si je n'avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.
Arrivé à l'endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c'était une terre communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s'en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d'insistance dans mes questions puisqu'il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu'il y a d'impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n'y avait rien auparavant.
C'est à ce moment là que je me souciai de l'âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s'appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie. Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s'était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d'arbres. Il ajouta que, n'ayant pas d'occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.
Menant moi-même à ce moment-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes des solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge, précisément, me forçait à imaginer l'avenir en fonction de moi-même et d'une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement d'autres que ces dix mille seraient comme une goutte d'eau dans la mer.
Il étudiait déjà, d'ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait près de sa maison une pépinière issue des faînes. Les sujets qu'il avait protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du sol.
Nous nous séparâmes le lendemain.

L'année d'après, il y eut la guerre de 14 dans laquelle je fus engagé pendant cinq ans. Un soldat d'infanterie ne pouvait guère y réfléchir à des arbres. A dire vrai, la chose même n'avait pas marqué en moi : je l'avais considérée comme un dada, une collection de timbres, et oubliée.
Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d'une prime de démobilisation minuscule mais avec le grand désir de respirer un peu d'air pur. C'est sans idée préconçue - sauf celle-là - que je repris le chemin de ces contrées désertes.
Le pays n'avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j'aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m'étais remis à penser à ce berger planteur d'arbres. « Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace ».
J'avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas imaginer facilement la mort d'Elzéar Bouffier, d'autant que, lorsqu'on en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des vieillards à qui il ne reste plus qu'à mourir. Il n'était pas mort. Il était même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait plus que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s'était débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d'arbres. Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s'était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.
Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J'étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme - sans moyens techniques - on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction.
Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m'arrivaient aux épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient drus et avaient dépassé l'âge où ils étaient à la merci des rongeurs; quant aux desseins de la Providence elle-même, pour détruire l'oeuvre créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me montra d'admirables bosquets de bouleaux qui dataient de cinq ans, c'est-à-dire de 1915, de l'époque où je combattais à Verdun. Il leur avait fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison, qu'il y avait de l'humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres comme des adolescents et très décidés.
La création avait l'air, d'ailleurs, de s'opérer en chaînes. Il ne s'en souciait pas; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l'eau, dans des temps très anciens. Certains de ces villages tristes dont j'ai parlé au début de mon récit s'étaient construits sur les emplacements d'anciens villages gallo-romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des endroits où au vingtième siècle, on était obligé d'avoir recours à des citernes pour avoir un peu d'eau.
Le vent aussi dispersait certaines graines. En même temps que l'eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre.
Mais la transformation s'opérait si lentement qu'elle entrait dans l'habitude sans provoquer d'étonnement. Les chasseurs qui montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils l'avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C'est pourquoi personne ne touchait à l'oeuvre de cet homme. Si on l'avait soupçonné, on l'aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle obstination dans la générosité la plus magnifique ?

A partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d'un an sans rendre visite à Elzéard Bouffier. Je ne l'ai jamais vu fléchir ni douter. Et pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse ! Je n'ai pas fait le compte de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite semblable, il a fallu vaincre l'adversité; que, pour assurer la victoire d'une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L'an d'après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes.
Pour avoir une idée à peu près exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu'il s'exerçait dans une solitude totale; si totale que, vers la fin de sa vie, il avait perdu l'habitude de parler. Ou, peut-être, n'en voyait-il pas la nécessité ?

En 1933, il reçut la visite d'un garde forestier éberlué. Ce fonctionnaire lui intima l'ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle. C'était la première fois, lui dit cet homme naïf, qu'on voyait une forêt pousser toute seule. A cette époque, il allait planter des hêtres à douze kilomètres de sa maison. Pour s'éviter le trajet d'aller-retour - car il avait alors soixante-quinze ans - il envisageait de construire une cabane de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu'il fit l'année d'après.

En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la « forêt naturelle ». Il y avait un grand personnage des Eaux et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile : mettre la forêt sous la sauvegarde de l'Etat et interdire qu'on vienne y charbonner. Car il était impossible de n'être pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même.
J'avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d'après, nous allâmes tous les deux à la recherche d'Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l'endroit où avait eu lieu l'inspection.
Ce capitaine forestier n'était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J'offris les quelques oeufs que j'avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.
Le côté d'où nous venions était couvert d'arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l'aspect du pays en 1913 : le désert... Le travail paisible et régulier, l'air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l'âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C'était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d'hectares il allait encore couvrir d'arbres.
Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d'ici paraissait devoir convenir. Il n'insista pas. « Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi. » Au bout d'une heure de marche - l'idée ayant fait son chemin en lui - il ajouta : « Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d'être heureux ! »
C'est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes-forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu'ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.

L'oeuvre ne courut un risque grave que pendant la guerre de 1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n'avait jamais assez de bois. On commença à faire des coupes dans les chênes de 1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que l'entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On l'abandonna. Le berger n'avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là, continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il avait ignoré la guerre de 14.

J'ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il avait alors quatre-vingt-sept ans. J'avais donc repris la route du désert, mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de transport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que l'itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J'eus besoin d'un nom de village pour conclure que j'étais bien cependant dans cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.
En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient sauvages, se détestaient, vivaient de chasse au piège : à peu près dans l'état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les orties dévoraient autour d'eux les maisons abandonnées. Leur condition était sans espoir. Il ne s'agissait pour eux que d'attendre la mort : situation qui ne prédispose guère aux vertus.
Tout était changé. L'air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m'accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d'odeurs. Un bruit semblable à celui de l'eau venait des hauteurs : c'était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose plus étonnante, j'entendis le vrai bruit de l'eau coulant dans un bassin. Je vis qu'on avait fait une fontaine, qu'elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d'elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d'une résurrection.

Par ailleurs, Vergons portait les traces d'un travail pour l'entreprise duquel l'espoir était nécessaire. L'espoir était donc revenu. On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C'était désormais un endroit où l'on avait envie d'habiter.
A partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous sortions à peine n'avait pas permis l'épanouissement complet de la vie, mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flancs abaissés de la montagne, je voyais de petits champs d'orge et de seigle en herbe; au fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.
Il n'a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque pour que tout le pays resplendisse de santé et d'aisance. Sur l'emplacement des ruines que j'avais vues en 1913, s'élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On en a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d'érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s'est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l'esprit d'aventure. On rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris, des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes. Si on compte l'ancienne population, méconnaissable depuis qu'elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.

Quand je réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette oeuvre digne de Dieu.

Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l'hospice de Banon.


Biographie de Jean Giono



Jean Giono naît à Manosque, le 30 mars 1895 dans une famille modeste.
Son père, Jean-Antoine Giono, est un cordonnier, libertaire, autodidacte, généreux, que son fils évoquera dans Jean le Bleu. La famille paternelle restera d'ailleurs entourée d'une aura un peu mythologique, en particulier le grand-père Giono, dont l'image qu'il s'en fait à travers les récits de son père inspirera l'épopée d'Angelo, le hussard sur le toit.

Sa mère, Pauline Pourcin, dirige fermement son atelier de repassage. C'est elle qui tient les cordons de la bourse.

Mis à part pour quelques voyages, Giono ne quittera que très rarement sa ville natale. Elle sera évoquée dans plusieurs textes (Manosque-des-Plateaux en particulier).

En 1911, Giono doit quitter le collège, en seconde, pour travailler et contribuer à la vie de la famille. Il devient employé de banque à Manosque. La banque sera son cadre de travail jusqu'à la fin de 1929, année de la publication de Colline et de Un de Baumugnes.

Ces années à la banque lui permettent d'abord de s'offrir quelques livres, les moins chers, ceux de la collection Classique Garnier. Il découvre ainsi L'Iliade, les tragiques grecs.

Fin 1914, Giono est mobilisé. En 1916, il participe aux combats, batailles de Verdun, du Chemin des Dames, du Mont Kemmel où il est légèrement gazé aux yeux. Il découvre l'horreur de la guerre, les massacres, un choc qui le marque pour le reste de sa vie. Il évoquera cette douloureuse expérience dans Le Grand troupeau, ainsi que dans ses écrits pacifistes des années 30.

De retour de la guerre, en 1919, Giono retrouve Manosque et son emploi à la banque.

Il perd son père en avril 1920; épouse élise Maurin en juin.





Durant les années qui suivent, Giono écrit inlassablement. En 1923, il travaille sur Angélique, roman médiéval resté inachevé; il publie des poèmes en prose dans la revue marseillaise La Criée. En 1924, son ami Lucien Jacques publie Accompagnés de la flûte, des poèmes en prose, aux Cahiers de l'artisan. Dix exemplaires sont vendus. Plusieurs textes paraissent dans des revues (Les Larmes de Byblis, Le Voyageur immobile...). En 1927, Giono écrit Naissance de l'Odyssée. C'est le roman fondateur, dans lequel on retrouve les éléments qui seront les thèmes de l'oeuvre à venir: l'angoisse et la fascination devant la nature, l'inquiétude panique de l'homme au contact du monde, la veine dionysiaque. Naissance de l'Odyssée est refusé par Grasset qui le qualifie de jeu littéraire.

Grasset accepte cependant de publier Colline, en 1929. Le succès est immédiat tant chez le public que chez la critique. Gide salue ce livre avec enthousiasme et va rendre visite à Giono à Manosque.

La même année, Grasset publie Un de Baumugnes, qui connaît également le succès. Giono se décide à vivre de sa plume et abandonne son emploi à la banque. Il fait l'acquisition de la maison du Paraïs, petite maison qu'il agrandira au cours des années et qu'il habitera jusqu'à sa mort.

Regain paraît l'année suivante. Il sera porté à l'écran quelques années plus tard par Marcel Pagnol.

Colline, Un de baumugnes et Regain seront réunis après coup par Giono sous le titre de Pan.

Ces trois romans commencent à dessiner une image de Giono poète, conteur, chantre d'une vie accordée à la nature, image qui se confirmera avec les écrits des années suivantes. Certains décèleront chez Giono les signes d'une prédication sociale (autarcie de la communauté vivant en relative harmonie avec la nature) en train de se construire, et qui prendra forme dans les livres suivants.




Le serpent d'étoile, description totalement inventée d'une grande fête des bergers, participe de cette vision du monde, avec une dimension cosmique de la situation de l'homme partagé entre les lois de l'univers, de la nature, et ses pulsions, ses désirs. Le serpent d'étoile provoquera quelques incidents; certains lecteurs prendront le texte au pied de la lettre et s'estimeront floués en apprenant qu'il ne s'agit que d'une invention littéraire.

Solitude de la pitié paraît la même année que Regain. C'est le premier des recueils de récits et essais brefs, déjà parus en revue, qui paraîtront sous sa signature au long de sa carrière.

L'année suivante, Le grand troupeau aborde l'expérience de la guerre vécue par Giono. L'idée de troupeau renvoie à la fois à la troupe militaire et au troupeau de moutons, les deux étant mis en parallèle dans le livre. L'histoire de ce livre met en lumière la naïveté, l'insouciance dont faisait parfois preuve Giono en certaines circonstances, et qui auront plus tard des conséquences plus néfastes pour lui. Giono signe en effet deux contrats avec deux maisons d'éditions différentes, Grasset et Gallimard. La situation finira par s'arranger, Giono donnera alternativement un texte à l'une puis à l'autre maison d'édition, mais cet incident met bien en relief ce trait de la personnalité de Giono, la difficulté à dire non, le désir de satisfaire tout le monde, un engagement parfois spontané, irréfléchi.

En 1932, paraît Jean le bleu, un récit largement autobiographique, qui fait une grande place à la figure paternelle et témoigne de l'admiration de Giono pour son père, sa sérénité, sa générosité. Mais l'invention, le romanesque, se mêlent intimement aux éléments autobiographiques dans ce récit lyrique.

Avec Le chant du monde, Giono revient au roman pur, roman d'aventure, roman épique, dans lequel les éléments naturels ont encore une grande place (le fleuve, la faune).

On peut voir dans Le chant du monde la fin d'une période, celle des romans aux dénouements heureux. Celle, également, où Giono se veut avant tout écrivain, sans engagement social ou politique. En cette période où l'on commence à sentir poindre la menace d'une guerre, Giono commence à agir, à s'engager. Il participe à des réunions en faveur de la paix, puis adhère à l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires, proche des communistes, écrit dans Vendredi, journal dirigé par Jean Guéhenno. Mais bien qu'homme de gauche, à tendance libertaire, voire anarchisante, souvenir de son père, Giono reste avant tout pacifiste. L'évolution des communistes en faveur du réarmement le rebute, et en 1935 il s'éloignera d'eux.




Que ma joie demeure, qui paraît en 1935, est une étape marquante dans le cheminement de l'auteur. Le bonheur, la vie communautaire heureuse, se heurtent ici aux désirs de l'homme, à ses passions. Le pessimisme fait son entrée dans l'oeuvre. Le roman est cependant très bien reçu par le public et aura un impact profond, en particulier chez la jeunesse; c'est un livre qui consolidera l'image d'un Giono sorte de prophète, et qui contribuera au développement de ce que certains appelleront ensuite le gionisme, phénomène qui va prendre de l'ampleur dans les années qui suivent, jusqu'à l'irruption de la deuxième Guerre mondiale.

Giono se défendra toujours de prêcher; chacun doit faire son propre compte, dit-il. Cependant, il tente, à cette époque, de faire passer des messages. Dans ses livres, dans sa vie quotidienne, avec l'aventure du Contadour en particulier.

C'est le premier septembre 1935 qu'a lieu le premier séjour au Contadour. Dans les collines de Haute Provence, une quarantaine de jeunes gens suivent Giono pendant une quinzaine de jours. Vie simple, discussions, lectures, vent de liberté. Giono, qui à l'origine ne voulait que faire connaître la nature, se retrouve, plus ou moins malgré lui, considéré comme l'animateur de ces séjours. Il y en aura neuf jusqu'en 1939. Giono et Lucien Jacques fondent les Cahiers du Contadour. Sept numéros paraissent, peu diffusés.

En 1936, l'essai Les vraies richesses, qui suit et prolonge en quelque sorte Que ma joie demeure, réaffirme l'idéal de la communauté rurale et appelle à une révolte contre la société industrielle capitaliste, contre la ville et la machinisme qui détruisent les "vraies richesses".

Le poids du ciel (1938) est également un plaidoyer pour la nature et contre la guerre et les dictatures.

D'autres "messages" (regroupés par la suite dans le recueil Écrits pacifistes) paraîtront sous la plume de Giono durant ces années qui précèdent la guerre: Refus d'obéissance, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, Précisions, Recherche de la pureté.

Dans ces années d'avant-guerre, Giono milite activement pour la paix. Sa position est intransigeante: ni guerre, ni fascisme, ni communisme. Il s'engage à refuser d'obéir en cas de conflit, une position personnelle, qu'il n'appelle pas à imiter. Cependant, lorsque l'avis de mobilisation lui parvient, Giono se rend à l'appel. Une famille à faire vivre et une oeuvre à poursuivre ont eu plus de poids que sa conscience. Giono est alors arrêté pour cause de pacifisme, et détenu pendant deux mois avant de bénéficier d'un non-lieu.

A sa sortie de prison, il finit la traduction de Moby Dick, d'Herman Melville, qu'il avait entamée avec Lucien Jacques et Joan Smith et qui avait commencé à paraître dans les Cahiers du Contadour. Il écrit également l'ouvrage Pour saluer Melville, une biographie largement imaginaire de l'auteur américain.

Les livres se vendent mal et les revenus s'en ressentent. Quant au comportement de Giono pendant cette période, il sera source de bien des ennuis.
On reprochera longtemps à Giono la publication de Deux cavaliers de l'orage dans La Gerbe, de Description de Marseille le 16 octobre 1939 dans La Nouvelle revue française de Drieu Larochelle, et d'un reportage photographique sur lui dans Signal (édition française d'un périodique allemand). On lui reprochera également une certaine proximité d'idée avec le régime de Vichy (retour à la terre, à l'artisanat), des "idées" que Giono véhicule depuis bien des années sans pour autant en tirer les conclusions politiques qui seront celles de Vichy. Les idées de Giono se trouve à nouveau imprimées en 1941 dans Triomphe de la vie.
On parlera moins par contre du fait que Giono a hébergé des réfractaires, des Juifs, des communistes. Ou de l'esprit de résistance qui inspire sa pièce Le voyage en calèche, interdite par la censure allemande.

En 1943, Giono publie L'eau vive, du théâtre. Il écrit Fragments d'un paradis.




A la libération, Giono est arrêté, le 8 septembre 44, et incarcéré. Le Comité national des écrivains l'inscrit sur sa liste noire. Il est libéré cinq mois plus tard sans avoir été inculpé.

Au sortir de la guerre, Giono est un homme désabusé, victime de l'ostracisme de l'intelligentsia de l'édition. Son oeuvre reflète les changements provoqués par cette période troublée et trouve un second souffle, une nouvelle inspiration.
Retranché dans le silence et le travail, Giono se consacre tout entier à ses livres. De 1945 à 1951, il écrit huit romans et des récits.
Angélo, écrit en 1945, publié en 1948, inaugure le cycle du hussard. Mort d'un personnage lui fait suite et précède Le hussard sur le toit commencé en 1946 et achevé en 1951.

Parallèlement au cycle du hussard, Giono inaugure ce qu'il appellera les Chroniques, un ensemble plus ou moins homogène et délimité, qui commence par Un roi sans divertissement (1946). Puis viennent Noé, un roman sur l'écrivain où Giono s'exprime à la première personne, Les âmes fortes, Le moulin de Pologne, Les grands chemins.
Les chroniques, écrites sur des modes narratifs variés, plus courtes que les romans d'avant-guerre, avaient été pensées à l'origine comme une série plus ou moins homogène. En fin de compte, chaque titre est tout à fait indépendant des autres. Le cycle du hussard, quant à lui, possède une unité centrée autour du personnage d'Angélo.




Le Hussard, et son succès, marque la fin de l'ostracisme dont Giono a été victime depuis la fin de la guerre de la part du monde littéraire français.
Jusqu'à sa mort, Giono se consacrera uniquement à l'écriture. Une écriture qui prendra d'ailleurs des formes de plus en plus variées.
Giono donne des textes pour des journaux et des revues (certains de ces textes seront par la suite réunis en volumes: Les terrasses de l'île d'Elbe, Les trois arbres de Palzem, Les Héraclides, La chasse au bonheur).
Il voyage en Italie, le pays de ses origines (Voyage en Italie), en Écosse, en Espagne.
En 1954, il assiste au procès Dominici, vieux paysan accusé du meurtre de trois touristes anglais. Il publiera ses notes d'audiences dans la revue Arts, puis, à la demande de Gaston Gallimard, en volume, accompagnées d'un essai: Notes sur l'affaire Dominici suivies de Essai sur le caractère des personnages.
Il revient au théâtre avec Joseph à Dothan et Domitien. Il travaille également à une adaptation du Chant du monde qui restera inachevée: Le cheval fou.
Giono aborde également un nouveau domaine, l'histoire. Le désastre de Pavie traite de la bataille de Pavie et de la captivité de François 1er. Mais Giono n'est pas historien, et le style du romancier reste présent dans cet ouvrage un peu particulier dans son oeuvre.




Enfin, Giono continue à écrire des romans et des textes de fictions. Entre 1953 et 1957, il écrit le dernier volume du cycle du hussard, Le bonheur fou, un roman «historique», mais d'une histoire avec laquelle Giono sait prendre des libertés.
Il retrouve la fiction pure pour L'homme qui plantait des arbres, Les récits de la demi-brigade , Ennemonde et autres caractères, Le déserteur.
En 1965, il met en oeuvre Dragoon, puis, en 1967, Olympe. Il n'achevera aucun des deux textes. C'est L'iris de Suse qui sera sa dernière oeuvre.
Parallèlement à ses écrits, Giono s'intéresse au cinéma et réalise quelques films (voir la filmographie).

Au cours de ces dernières années, son travail est ralenti par des faiblesses cardiaques. Il doit se ménager, renoncer à la pipe, aux déplacements. En 1970, ses forces diminuent; il doit être opéré d'une embolie artérielle.

Dans la nuit du 8 au 9 0ctobre 1970, Giono meurt d'une crise cardiaque.










Œuvres complètes
de Jean Giono



Œuvres romanesques complètes, I

Publication: 1971.

Ce volume (1512 p.) comprend:
Naissance de l'Odyssée, Colline, Un de Baumugnes, Regain, Solitude de la pitié, Le Grand troupeau, Angiolina, Présentation de Pan, L'Esclave (primitivement La Daimone au side-car). Préface de Robert Ricatte, chronologie, notices, appendices, notes et variantes.



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Œuvres romanesques complètes, II

Publication: 1972.

Ce volume (1504 p.) comprend:
Jean le bleu, Le Chant du monde, Que ma joie demeure, Batailles dans la montagne.



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Œuvres romanesques complètes, III

Publication: 1974.

Ce volume (1616 p.) comprend:
Pour saluer Melville, L'Eau vive, Un Roi sans divertissement, Noé, Fragments d'un paradis, Virgile, Le Grand théâtre. Notices, notes, variantes et appendices.



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Œuvres romanesques complètes, IV

Publication: 1977.

Ce volume (1744 p.) comprend:
Angelo, Mort d'un personnage, Le Hussard sur le toit, Le Bonheur fou.



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Œuvres romanesques complètes, V

Publication: 1980.

Ce volume (1472 p.) comprend:
Les Récits de la demi-brigade, Les Âmes fortes, Les Grands chemins, Le Moulin de Pologne, L'homme qui plantait des arbres, Une aventure ou La foudre et le sommet, Hortense, Le petit garçon qui avait envie d'espace.



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Œuvres romanesques complètes, VI

Publication: 1983.

Ce volume (1248 p.) comprend:
Deux cavaliers de l'Orage, Le Déserteur, Ennemonde et autres caractères, L'Iris de Suse, Dragoon, Olympe, Coeur, passions, caractères.



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Récits et essais

Publication: 1988.

Ce volume (1376 p.) comprend:
Poème de l'olive, Manosque-des-Plateaux, Le Serpent d'étoiles, Les Vraies richesses, Refus d'obéissance, Le Poids du ciel, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, Précisions, Recherche de la pureté, Triomphe de la vie, Sur un galet de la mer, Les Images d'un jour de pluie, Élémir Bourges à Pirrevert.



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Journal - Poèmes - Essais

Publication: 1995.

Ce volume (1644 p.) comprend:
Journal 1935-1939, Journal de l'Occupation, Poèmes (Le coeur-cerf, Un déluge, Chute des anges), Village, Voyage en Italie, Notes sur l'affaire Dominici, suivies d'un Essai sur le caractère des personnages, La Pierre, Bestiaire, Voyage en Espagne, Le Badaud, Le Désastre de Pavie, De certains parfums. Notices, appendices, notes et variantes.






Citations de Jean Giono
(classées par thème)


La Provence | Dieu et la religion | La mort | Divers | L'écriture | L'Homme | Le bonheur | Le monde moderne | La vérité / La réalité


La Provence


Je ne suis pas provençal. Je suis né en Provence. Je suis né en Provence par hasard, parce que mon père et ma mère s'y sont rencontrés et s'y sont mariés (...) Mais j'aime ce pays... Je l'aime comme Swann aimait Odette, en se rendant finalement compte que c'était la femme qui ne lui convenait pas, que ce n'était pas son type. Eh bien la Provence ce n'est pas mon "type" de pays. Si j'habitais un pays que j'aime, j'habiterais un pays où il pleut (...) C'est donc un pays que j'aime, j'aime ses odeurs, j'aime sa façon d'être, mais je l'aime mieux que ce que l'aiment les félibres, je l'aime trop, je l'aime plus qu'eux. Parce que je n'aime pas qu'on en fasse un portrait ridicule. Or, le personnage du provençal hâbleur, joueur de boules, buveur de pastis, il existe, mais il existe en minorité, et ce n'est pas sur celui-là qu'il faut porter l'accent. C'est sur un autre, sur un provençal beaucoup plus latin, beaucoup plus humain, beaucoup plus secret. (...) Un personnage que je déteste et qui n'existe pas, c'est Tartarin de Tarascon; ça n'existe pas Tartarin de Tarascon ! Tartarin de Tarascon, c'est un livre sur la Provence écrit par un parisien.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.74-75.

La Provence que je décris est une Provence inventée et c'est mon droit. C'est une Provence inventée, c'est un Sud inventé comme a été inventé le Sud de Faulkner. J'ai inventé un pays, je l'ai peuplé de personnages inventés, et j'ai donné à ces personnages inventés des drames inventés, et le pays lui-même est inventé. Tout est inventé. Rien n'est fonction du pays qui est sous mes yeux, et il participe du pays qui est sous mes yeux mais en passant à travers moi.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.77.


- Vous avez dit: l'écrivain qui a le mieux décrit cette Provence c'est Shakespeare !

C'était une boutade... Je voulais dire par là qu'il n'y avait pas un écrivain régional, il n'y a pas qu'un écrivain provençal pour décrire la Provence, et que la Provence pouvait être décrite par tout le monde, étant donné que les gens qui habitent ici sont semblables aux hommes qui habitent ailleurs. Les Provençaux, malgré tout leur orgueil, sont exactement semblables aux Hollandais, les Hollandais sont exactement semblables aux Chinois. Nous sommes des hommes, tout simplement, avec des femmes, avant d'être des Provençaux; par conséquent n'importe qui peut nous décrire, et quand Shakespeare décrit des passions dans ses drames, il décrit les passions provençales.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.80.

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Dieu et la religion


Je suis indifférent en matière de religion (...) Dès la première explication du catéchisme, c'était fermé, il y avait une espèce de chape de plomb qui m'environnait et j'étais intouchable. Je m'intéressais à des quantités de choses, j'écoutais l'écho de l'église, j'étais très touché par les grandes voûtes, j'étais prodigieusement intéressé par les lumières qui se jouaient dans les vitraux, j'entendais avec le plus grand appareil romanesque le bruit des pas qui se répercutait dans les cours de l'église, tout cela me touchait, mais dès qu'on me parlait de Dieu et de la religion, c'était fini, il n'y avait plus aucun contact.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.109-110.

J'ai toujours lu la Bible comme un livre de littérature, un livre d'histoire ou un livre de poèmes ou un livre de chroniques. Je ne l'ai jamais lu comme un livre religieux.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.111.

La religion? Elle a failli à ses devoirs. Elle est le soutien naturel de cette société qui traîne le malheur sur la terre comme une herse de fer. Elle est comme ces hautes flammes du soleil qui se détachent de la masse de feu et roulent dans l'espace, se refroidissant en mondes noirs qui s'éloignent de l'astre générateur et plongent dans les abîmes. Il y a bien longtemps que la religion n'a plus aucun rapport avec Dieu.

La ville des hirondelles, In L'Oiseau bagué.
Gallimard/Folio, 1943, p.43.

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La mort


La mort ne m'a jamais angoissé et j'ai trouvé au contraire que c'était extrêmement consolant de savoir que la mort existe (...) La mort je la comprends d'une façon parfaite, et je l'ai comprise dès le début.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.111.

Celui qui prie pour empêcher la mort est aussi fou que celui qui prierait pour faire lever le soleil par l'ouest, sous prétexte qu'il n'aime pas la lumière matinale.

La ville des hirondelles, In L'Oiseau bagué.
Gallimard/Folio, 1943, p.41-42.

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Divers


La littérature, ça n'a rien à voir avec la douleur physique (...) Quand tu es véritablement malade, quand tu as par exemple une crise de coliques néphrétiques, ou une crise de coliques hépatiques (je prends des trucs qui sont véritablement des souffrances de damnés), et bien quand tu as ça, la littérature tu te demandes à quoi ça sert !

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.114.

Faire chanter les lendemains est l'essentiel de toute mystique. On ne s'en est pas privé depuis que le monde est monde et, sur ce point, il n'a pas été nécessaire de progresser parce qu'il n'y avait pas besoin de progrès. C'était parfait du premier coup.

Le chapeau, In La chasse au bonheur
Gallimard/Folio, 1988, p.31.

Nous n'avons pas de futur. Pour tout le monde le futur parfait c'est la mort. Notre seul bien c'est le présent, la minute même; celle qui suit n'est déjà plus à nous.

Le chapeau, In La chasse au bonheur
Gallimard/Folio, 1988, p.34.

Les sentiers battus n'offrent guère de richesse; les autres en sont pleins.

Les sentiers battus, In La chasse au bonheur
Gallimard/Folio, 1988, p.57.

Nous décidons de mettre ce garçon au pied du mur. C'est un endroit où il va volontiers.

Voyage en Italie
Gallimard/Folio, 1954, p.52.

Perdre est une sensation définitive; elle n'a que faire du temps. Quand on a perdu quelqu'un, on a beau le retrouver, on sait désormais qu'on peut le perdre.

Voyage en Italie
Gallimard/folio, 1954, p.100.

Que faut-il pour réussir? De la bravoure? De l'obstination? De la chance? Du génie? Non: de la médiocrité. Quoi que produise le médiocre, c'est un produit qui s'adresse au plus grand nombre. Il est sûr de son affaire, il a les qualités requises par la majorité des individus.

Les Bruits, In Les Terrasses de l'île d'Elbe
Gallimard/L'Imaginaire, 1976, p.137.

Etre juste donne tout de suite la paix. Enfin, une paix. Il ne faut pas être difficile.

L poète de la famille, In L'Oiseau bagué.
Gallimard/Folio, 1943, p.218.

Je vais dire une chose affreuse; mais la vérité est souvent dans les choses affreuses.

Pour saluer Melville
Gallimard, 1990, p.158.

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L'écriture


La réalité est pour moi sans aucun intérêt. Je l'utilise dans ma vie quotidienne, mais pour mon écriture, j'ai besoin d'autre chose. J'ai besoin d'inventer absolument tout, en partant de choses existantes, car seul Dieu peut inventer à partir de rien. On est forcé d'inventer à partir de quelque chose qui existe déjà.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.126-127.

L'important est d'être subjectif.

Si je souffrais en écrivant, je chercherais autre chose, je ferais du jardinage où je ferais, je ne sais pas, de la pêche en mer ou le jeu de boules ou de la belote. Je trouverais quelque chose qui me plaise, qui m'amuse. Souffrir toute sa vie pour écrire ? Ah, non !

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.136.

Je me mets toujours au travail le matin devant ma page sans savoir du tout ce qui va se passer. Rien n'est préparé. Rien n'est prêt. Je m'arrête le soir à un moment où je ne sais pas ce qui va se passer; car je me raconte en premier lieu le livre à moi-même, ce qui m'intéresse, c'est de me raconter ce livre, plus que d'écrire un livre pour écrire un livre. J'écris moins pour le public, j'écris pour mon plaisir personnel. Si le livre m'ennuie, je le quitte et je fais autre chose.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.137.

(Sur le théâtre)
Pour moi, c'est la chose la plus abominable du monde. J'ai essayé de faire du théâtre, je n'y suis jamais arrivé. Chaque fois, il a fallut qu'on me pousse l'épée dans les reins pour que je fasse une pièce de théâtre. Ça n'est pas mon rythme.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.146.

Il est très probable que si j'avais à faire le portrait de Paris, je ferais, une fois de plus, le mien.

Le badaud, In La chasse au bonheur
Gallimard/Folio, 1988, p.197.

Je me suis efforcé de décrire le monde, non pas comme il est mais comme il est quand je m'y ajoute, ce qui, évidemment , ne le simplifie pas.

Voyage en Italie
Gallimard/Folio, 1954, p.57.


La plupart du temps, je raconte des histoires. Pourquoi ? Parce que, d'abord, je ne suis pas intelligent, je ne peux pas raconter des histoires intelligentes, je ne peux pas me servir d'une phraséologie intelligente avec des mots savants pour expliquer de quelle façon la pensée se transforme, se transmet. Alors, pour me permettre de parler quand même, je vous raconte une histoire que je connais. Je parle de choses que je connais et à mesure j'invente, lorsque ça m'est agréable, lorsque je sens un détail qui n'existait pas dans la réalité, mais que je peux mettre ajoute du sel à l'histoire... Ce n'est pas combiné, ce n'est pas organisé de façon à raconter une histoire, à briller. C'est pour rien, c'est gratuit. Parce qu'elle me fait plaisir.

Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche
Gallimard, 1990, p.54-55.

Je ne pourrais jamais être un journaliste, décrire un fait divers qui s'est passé sous mes yeux. J'ai essayé; j'en suis totalement incapable. Quand je veux, dans mon journal personnel, marquer un événement qui vient de se passer dans ma vie, essayer de le serrer au plus près, je vois toujours l'endroit où je triche.

Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche
Gallimard, 1990, p.71 .

C'était le péché le plus terrible: la démesure ! C'est un péché que je connais parce que c'est un péché que je commets constamment.

Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche
Gallimard, 1990, p.138.

Lorsque j'essaie d'intégrer la réalité à un récit créé, la réalité me gêne constamment. Je suis obligé de la modifier peu à peu (...) Lutter contre la réalité est mon travail presque principal dans la création.

Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche
Gallimard, 1990, p.183-184.

Je crois qu'il n'y a rien d'objectif, que tout est subjectif, aussi bien le lecteur que l'auteur, par conséquent, il faut que les deux subjectifs coïncident. A ce moment-là, vous avez créé la vérité !

Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche
Gallimard, 1990, p.187.

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L'Homme


L'homme pour moi est un monstre, un monstre si nous le comparons à ce qu'il voudrait être. Non pas si nous le prenons dans son intégrité. Là, il est ce qu'il est. Mais si nous voyons par exemple, si nous imaginons ce que nous sommes, c'est à dire des gens cultivés, civilisés, à ce moment-là la vérité c'est que nous sommes des monstres, nous dissimulons dans notre partie noire des choses extraordinaires.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.152.

Je considère que l'homme est très peu de chose, minuscule, très peu. Son intelligence est très peu de chose, que ce qu'il a découvert, même avec les découvertes des cinquante dernières années, c'est très peu de chose. C'est infime. Ça n'a de valeur que par rapport à nous, et ça ne nous paraît grand que parce que nous sommes infiniment petits. Par rapport à l'univers, c'est zéro multiplié par des milliards et des milliards de zéro, c'est zéro. Une espèce de petit frémissement sur une gelée glacée.

Jean Carrière. Jean Giono.
Besançon: La Manufacture, 1991, p.153.

Entre ce que tu es et ce que tu veux, il y a un monde. Tu peux te débattre. Et vas-y donc! Et alors quoi! Tu sera toujours paisiblement ce que tu es. Paisiblement, je veux dire, ça fera son affaire sans t'écouter ni sans savoir de quoi tu as envie, et même en t'écorchant paisiblement le ventre à coups de griffes comme si c'était un petit renard que tu portes.

Batailles dans la montagne
Gallimard/folio, 1937, p.606.

Je n'ai jamais cru que l'école, ou les écoles, était suffisante pour faire un homme; il y faut le travail de la vie. Les animaux ont plus de chance que nous. Un petit renard est magnifiquement aidé par la nature, et il devient presque immanquablement un grand renard. Entre un petit homme et la vie s'interposent toutes les inventions des hommes, leurs bruits qui ne sont pas beaux, leurs couleurs qui ne sont pas belles, leurs odeurs qui sont mauvaises. Certains de ces petits hommes n'auront jamais leurs sens alimentés par d'autres choses. Il est logique, normal et naturel qu'ils soient morts. Tels ne deviennent jamais des hommes au vrai sens du terme; ils sont tout ce que voulez d'autre: de petits voyous, de petits crétins, les esclaves de leurs nerfs.

Les Bruits, In Les Terrasses de l'île d'Elbe
Gallimard/L'Imaginaire, 1976, p.101.

Si j'invente des personnages et si j'écris, c'est tout simplement parce que je suis aux prises avec la grande malédiction de l'univers, à laquelle personne ne fait jamais attention: c'est l'ennui. Au fond, pour moi, si on voulait une description de l'homme, l'homme est un animal avec une capacité d'ennui. Le chiens ne s'ennuient pas, les animaux ne s'ennuient pas, les animaux domestiques ne s'ennuient pas, même pas les moutons, mais les hommes s'ennuient, ils ont la capacité d'ennui. De là, la création de tous les vices, de là, la création de tout ce que vous pouvez imaginer, de là, les crimes, parce qu'il n'y a pas de distraction plus grande que de tuer; c'est admirable; la vue du sang est admirable pour tout le monde.

Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche
Gallimard, 1990, p.58.

L'homme a toujours le désir de quelque monstrueux objet. Et sa vie n'a de valeur que s'il la soumet entièrement à cette poursuite. Souvent, il n'a besoin ni d'apparat ni d'appareil; il semble être sagement enfermé dans le travail de son jardin, mais depuis longtemps il a intérieurement appareillé pour la dangereuse croisière de ses rêves. Nul ne sait qu'il est parti; il semble d'ailleurs être là; mais il est loin, il hante des mers interdites. Ce regard qu'il a eu tout à l'heure, que vous avez vu, qui manifestement ne pouvait servir à rien dans ce monde-ci, traversant la matière des choses sans s'arrêter, c'est qu'il partait d'une vigie de grande hune et qu'il était fait pour scruter des espaces extraordinaires.

Pour saluer Melville
Gallimard, 1990, p.9-10.

Les hommes sont les êtres les plus faibles du monde parce qu'ils sont intelligents. L'intelligence est exactement l'art de perdre de vue.

Pour saluer Melville
Gallimard, 1990, p.150.

Je crois que ce qui importe c'est d'être un joyeux pessimiste.

Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche
Gallimard, 1990, p.195.

Sur terre il n'y a plus rien d'inconnu, nous sommes obligés à chaque génération de nous fabriquer de l'exceptionnel avec des guerres et des grandes églises militaires. Et déjà nous sommes entrés dans l'ère des laideurs à quoi mènent tous les ennuis, et nous avons été obligés de créer, comme les Aztèques, les divinités politiques que nous nourrissons d'enfants crus pour nous apporter un peu d'émoi. Mais comme nous manquons d'imagination (elle est tombée de nous comme le membre inutile tombe des races zoologiques) nous sommes incapables de donner à ces monstres les forces et les couleurs du sepent à plumes, ou de l'airain brûlant de Moloch. Nous prenons un homme quelconque et nous lui donnons tant de droits sur nous par notre bêtise, qu'il nous dévore ensuite mais avec laideur.

Fragments d'un paradis
Gallimard (L'Imaginaire), 1974, p.133.

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Le bonheur


Je sais que je parle de choses très humbles, mais ne sommes-nous pas désespérés de chercher en vain le bonheur avec des moyens orgueilleux ?

Les raisons du bonheur, In La chasse au bonheur
Gallimard/Folio, 1988, p.133.

La science et les techniques ayant mis, semble-t-il, un petit coin d'univers à la portée de l'homme, son désir s'enflamme et il s'imagine volant de mondes en mondes. C'est d'ailleurs le siècle des transports en commun.
A celui qui demande le voyage à son âme la terre suffit. Il ne peut en épuiser les richesses.
Qui se penche sur une fleur s'approche plus près de Dieu que le cavalier des fusées; la vieille boîte à herboriser fait pénétrer plus avant dans l'univers que le scaphandre de l'astronaute. Le secret du bonheur est là.

Le bonheur est ailleurs, In La chasse au bonheur
Gallimard/Folio, 1988, p.203.

Le bonheur est une recherche. Il faut y employer l'expérience et son imagination.

Voyage en Italie
Gallimard/folio, 1954, p.73.

Depuis la sortie du paradis terrestre on ferait danser un âne sur un fil de fer avec l'appât du bonheur. Le plus beau, c'est qu'il suffit de le promettre, et il n'y a aucune différence entre celui promis par l'Eglise et celui promis par les matérialistes. On est toujours à courir après et tout le long de la course on tue comme on dit que font les Malais dans les folies de l'Amok. Le sort des hommes qui veulent rester libres ou qui tiennent à leurs propres idées est tragique: ils sont livrés aux chrétiens.

Voyage en Italie
Gallimard/folio, 1954, p.84.

Les trucs avec lesquels les hommes font leur bonheur, pas besoin de marteau-pilon pour en venir à bout.

Les Grands chemins
Gallimard/Folio, 1951, p.108.

Je suis désespéré d'avoir du bon sens; mauvais outil pour le bonheur.

Les Grands chemins
Gallimard/Folio, 1951.

Dites moi que nous allons être heureux tous ensemble; je fuis immédiatement du côté où j'ai des chances de pouvoir m'occuper moi-même de mon bonheur personnel.

Voyage en Italie
Gallimard/Folio, 1954, p.159.

On n'a pas fini de m'entendre parler de bonheur, qui est le seul but raisonnable de l'existence.

Le sport, In Les Terrasses de l'île d'Elbe
Gallimard/L'Imaginaire, 1976, p.102.

Il n'est pas certain que je fasse mon bonheur où vous faites le vôtre; il est même certain que dans la meilleure des hypothèses, je ne ferai mon bonheur où vous faites le vôtre qu'en modifiant, en mettant à ma taille les circonstances qui vous satisfont entièrement.
Voilà pourquoi les grandes machines sociales qui font du bonheur un produit manufacturé ne livrent finalement que de la camelote.

Les Terrasses de l'île d'Elbe, In Les Terrasses de l'île d'Elbe
Gallimard/L'Imaginaire, 1976, p.127.

Je ne crois pas au problème résolu pour tout le monde. Je ne crois pas que l'on puisse trouver le bonheur commun.

Je crois que ce qui importe c'est d'être un joyeux pessimiste.

Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche
Gallimard, 1990, p.156.

Je ne crois pas que les joies du monde sont toutes marquées dans le catalogue auquel on nous a habitués à recourir dans tous les cas.

Fragments d'un paradis
Gallimard (L'Imaginaire), 1974, p.60.

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La vérité / La réalité


Il y a autant de réalités que d'individus: c'est une vérité de La Palice. Je passe à côté d'un champ de blé. Il y a le champ de blé du paysan qui l'a semé, qui escompte la récolte, pense à tout ce qu'il pourra payer avec l'argent que rapportera le blé; il y a le champ de blé près duquel je passe et qui me donne des idées de cuirasse d'or (par exemple et pour aller plus vite), d'autant que je suis en promenade avec un petit Arioste dans ma poche, et je serais plutôt tenté d'admirer dans ce champ de blé le magnifique vert des chardons et le beau rouge des coquelicots que j'interprète comme le travail de Cellini et du sang vermeil, alors que le vrai paysan s'en désespère et suppute combien ces chardons secs seront désagréable au battage. Il y a le champ de blé de l'économiste distingué; il y a le champ de blé du citadin en ballade; il y a le champ de blé de Van Gogh, mais il n'y a pas le champ de blé du manieur de réalités. Ni le paysan, ni moi-même, ni l'économiste, ni Van Gogh ne sommes dans la réalité. Tout ce que nous pouvons transmettre c'est l'idée que nous nous faisons du champ de blé. Il en est des êtres comme des choses. De là les passions.

Les raisons du bonheur, In La chasse au bonheur
Gallimard/Folio, 1988, p.135-136.

La réalité est difficile à manier. Les naturalistes prétendent qu'il faut l'employer nue et crue. Oui, si on veut faire du document ou du journalisme; non si on veut faire du roman ou simplement un récit.
Raconter une histoire est un art; il faut donc mentir, ne serait-ce que par omission puisque l'art est un choix.



Les raisons du bonheur, In La chasse au bonheur
Gallimard/Folio, 1988, p.135.

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Le monde moderne


L'hydrothérapie c'est bien beau, mais avoir son alpha et son oméga dans la serviette éponge et l'ambre solaire, c'est un peu court d'idée. On a aujourd'hui tendance à se contenter de choses un peu courtes sous prétexte que la vie l'est également.

Les joies de l'île, In La chasse au bonheur
Gallimard/Folio, 1988, p.174.

L'eau, dès qu'il y en a d'étendue sur plusieurs kilomètres carrés, attire irrésistiblement la médiocrité sur ses bords.

Voyage en Italie
Gallimard/Folio, 1954, p.67.

Le bien-être ne sert qu'à désirer plus; et dans cette idée il n'y a pas de limite.

Les Grands chemins
Gallimard/Folio, 1951, p.108.

Depuis plus de cent ans on a mis toute la confiance de la vie humaine dans des bricoleurs. Chaque fois qu'ils ont trouvé un truc on a crié au miracle. Chaque fois on s'est un peu plus donné, pieds et poings liés sans crainte, les yeux fermés avec une confiance de tonnerre de Dieu, on est arrivé non seulement à presque tout faire avec des trucs, mais, ce qui est plus terrible encore, à désirer tout faire avec des trucs. On a perdu l'habitude de se servir des membres, faits pour servir. C'est tout juste si ces derniers temps il n'a pas été question de faire des enfants avec des seringues. En tout cas, il n'y a plus un seul homme qui consente à se déplacer sur la terre à l'aide de ses jambes (si on leur disait que c'est naturel, ils crieraient qu'on veut retourner en arrière); mais ils sont fiers comme Artaban parce qu'ils ont trouvé le truc qui leur permet de se trimbaler le long des routes en faisant péter de l'essence sous un fauteuil. Si jamais ce truc-là venait à leur manquer, les routes seraient désertes, pas un n'oserait se servir de ses jambes. D'ailleurs, auraient-ils encore des jambes? A plus forte raison, plus personne n'ose se servir de ses viscères. Ce foie admirable qui noircissait comme l'orage dans les flancs des héros d'Homère, à peine si maintenant on s'en sert pour être acariâtre ou bilieux! Qui, parmi tous ces veaux, est encore capable de prendre une sacrée colère? Avec des petits trucs pour vivre et des petits trucs pour gagner sa vie, on va au jour le jour. Si on se trouve devant une obligation de grandeur, on biaise, on l'évite, on s'écarte par la tangente. Si on souffre trop, on fait un discours, ou on écoute un discours; car on est peut-être capable d'inventer le truc du téléphone, de la T.S.F. et de l'avion, mais on n'est pas capable de trouver des raisons individuelles de grandeur.

Promenades de la mort, In L'Oiseau bagué.
Gallimard/Folio, 1943, p.170.





Textes de Jean Giono




[ Dernières modifications sur cette page : samedi 6 août 2005 ]





Les Âmes fortes, un extrait.


Deux cavaliers de l'orage, un extrait


Ennemonde et autres caractères, les premières pages


Le Grand troupeau, les premières pages.
Le Grand troupeau, extraits 2 NOUVEAU.


Les Grands chemins, les premières pages


"Je ne connais pas la Provence...", le texte intégral


"Je ne peux pas oublier", les premières pages (première partie de Refus d'obéissance)


L'homme qui plantait des arbres


Le hussard sur le toit, les premières pages


Le voyageur immobile, le texte intégral (tiré de Rondeur des jours [L'eau vive I ] )


Manosque-des-Plateaux, les premières pages


Naissance de l'odyssée, les premières pages


Noé, les premières pages


Poème de l'olive, les premières pages


Promenade de la mort, un extrait (tiré de L'oiseau bagué [L'eau vive II ] )


Que ma joie demeure, les premières pages
Que ma joie demeure, la scène du repas


Sur des oliviers morts le texte intégral


Village, le texte intégral


Le Voyage en calèche, le texte intégral en mode image.


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Protestation contre l'installation d'un centre nucléaire à Cadarache



Jean Giono: Chronologie







1895 (30 mars):
Naissance de Jean Giono (à Manosque), fils de Antoine Jean Giono, cordonnier, et de Pauline Pourcin, blanchisseuse. Giono est le petit-fils d'un carbonaro piémontais exilé en France en 1831, Jean-Baptiste Giono, qui restera pour son petit-fils une figure de légende.

1900-1902:
École St Charles de Manosque, tenue par des soeurs présentines.

1902-1911:
Collège de Manosque. Scolarité honorable mais sans éclat.

1911:
Giono doit quitter le collège avant le passage du baccalauréat pour aller travailler et aider sa famille; son père est malade. Il entre au Comptoir National d'Escompte de Manosque comme garçon de course, puis employé.
Il commence à écrire des poèmes. Il lit les auteurs grecs et latins, les classiques français, Dante, Cervantes, Shakespeare...

1913-1916:
Publication de ses poèmes dans un journal local.

1915:
Mobilisé dans l'infanterie.

1916:
Dans les tranchées à Verdun. Première visite à Paris lors d'une permission.

1917:
Combats du Chemin des Dames. Bataille de la Somme.

1918:
Bataille du Kemmel. Giono est légèrement gazé.

1919:
Giono est démobilisé en octobre. Séjour à Marseille.

1920:
Reprise du travail à la banque à Manosque.
Mort de son père. Mariage avec élise Maurin.

1921-1923:
Publication de poèmes en prose dans La Criée. Rencontre de Lucien Jacques.

1926:
Naissance d'Aline Giono.

1929:
Séjour à Paris pour le service de presse de Colline. Rencontre de Gide, André Chamson, Jean Paulhan.
En décembre, Giono quitte son emploi à la banque et décide de vivre de sa plume.

1930:
Achat du Paraïs, la maison où il passera toute sa vie.

1932:
Voyage en Suisse où il rencontre C.F. Ramuz. Premières représentations, à Genève et Paris, de la pièce Lanceurs de graine.

1934:
Pagnol adapte et met en scène Un de Baumugnes, sous le titre d'Angèle et Jofroi de la Maussan sous le titre de Jofroi.
Giono adhère à l'Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires, animée entre autres par Aragon.
Naissance de Sylvie Giono.

1935:
Premier séjour au Contadour avec un groupe d'une cinquantaine de personnes.
Giono se sépare des communistes. Collaboration au journal Vendredi (Guéhenno, Chamson), hebdomadaire de gauche antifasciste.

1936:
Deux séjours au Contadour. Création des Cahiers du Contadour (7 numéros jusqu'en 1939).
Début de la traduction de Moby Dick d'Herman Melville, en collaboration avec Lucien Jacques et Joan Smith.

1937:
Deux séjours au Contadour.
Rupture avec Vendredi sur la question du pacifisme (que Giono veut intégral).

1938:
Deux séjours au Contadour. Giono milite pour le pacifisme et le désarmement universel (textes, appels).

1939:
Deux derniers Contadour.
Mobilisé et arrêté en septembre pour ses idées pacifistes, Giono est détenu au fort Saint-Nicolas, à Marseille, jusqu'en novembre. Il est dispensé des obligations militaires.

1940-1941:
Vie retirée, consacrée à l'écriture, à l'écart de la politique.

1942:
Deux cavaliers de l'orage est publié dans la revue La Gerbe (décembre 42-mars 43).

1943:
Attentat contre la maison de Giono.
Le Voyage en calèche est interdit de représentation par la censure allemande.

1944:
Arrêté après la libération, Giono est détenu sans inculpation pendant sept mois. Mis sur la liste noire du Comité national des écrivains, dominé par les communistes, il ne pourra rien publier pendant plus de deux ans.

1945:
Séjour à Marseille.

1946:
Lecture des romanciers américains: Hemingway, Steinbeck, Dos Passos, et surtout Faulkner.
Mort de sa mère.

1947:
Des éditeurs moins importants recommencent à publier Giono.
Intérêt pour Machiavel.

1948-1950:
Années consacrées à l'écriture et à la publication.

1951:
Voyage en Italie.
Le hussard sur le toit est salué comme un grand livre et met fin à sa période de purgatoire.

1952:
Voyage en Angleterre et en écosse.

1953:
Prix littéraire de Monaco pour l'ensemble de son oeuvre.

1954:
Élu à l'Académie Goncourt, au fauteuil de Colette.

1957:
Tournage de L'Eau vive.

1959:
Voyage en Espagne.
Début de collaboration, sous forme de chroniques, au Dauphiné libéré et à Nice-Matin.

1960:
Séjour aux Baléares, annuel jusqu'en 1969.
Crésus, écrit et mis en scène par Giono, avec Fernandel, est un relatif insuccès.

1961:
Giono préside le jury du Festival de Cannes.
Mort de Lucien Jacques, le grand ami.

1962:
Accident cardiaque.

1963:
Un roi sans divertissement, scénario et dialogues de Giono, est porté à l'écran.
Élu au Conseil littéraire de Monaco.

1965-1970:
Écriture et publication.

1970:
Nuit du 8 au 9 octobre: Giono meurt à Manosque.






Texte de J. Giono


" L'homme qui plantait des arbres " (Jean GIONO)
TROIS DEMARCHES UTILISÉES POUR ABORDER LA LECTURE DE CE LIVRE
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I. TEXTE LU A VOIX HAUTE PAR L'INSTITUTRICE APRÈS AVOIR ÉTUDIÉ LE VOCABULAIRE pages 14-15-16

Questionnaire oral qui a suivi cette lecture:
1. Comment se comportent les habitants des villages ?
2. Qu'est-ce qui provoque ce comportement ?

II. TEXTE LU SILENCIEUSEMENT EN CLASSE PAR LES ÉLÈVES SANS ÉCOUTE PRÉALABLE pages 17 à 23

Questionnaire écrit qui a suivi cette lecture:
1. Quelles différences y a t-il entre les villageois et cet homme ?
2. Pourquoi le berger mettait-il des glands de côté ?
3. Comment sème t-il ses glands ? Où les sème t-il ?
4. Sur cent mille chênes plantés, combien en reste t-il ?
5. Pourquoi vit-il seul ?
6. Pourquoi a t-il décidé de planter des arbres ?
7. Quels autres arbres a t-il l'intention de planter ?
8. Quels traits de caractère remarques-tu chez cet homme ?


III. TEXTE LU A LA MAISON ET PRÉPARATION D'UNE QUESTION ET RECHERCHE D'UN TITRE PAR CHAQUE ÉLÈVE

En classe, un ou des élèves répondent oralement aux questions préparées par les camarades.

TITRE : " L'homme qui plantait des arbres "
Collection: Folio cadet rouge - Édition Gallimard.
PRÉSENTATION: Au cours d'une de ses promenades en Haute-Provence, Jean Giono a un jour rencontré un personnage extraordinaire : un berger solitaire et paisible qui plantait des arbres, des milliers d'arbres. Ainsi, au fil des ans, un homme seul allait rendre vie à une contrée aride et désolée.
AUTEUR : Jean GIONO.

DÉVELOPPEMENT :

* Pour comprendre le vocabulaire difficile et aussi pour que la classe vive davantage le livre, une bonne partie du récit a été écoutée (dans un premier temps lue à haute voix par l'institutrice, puis toujours relue par les enfants: soit en classe, soit à la maison ). Cette écoute était parfois précédée par un travail sur le vocabulaire, et suivie par un échange oral spontané. Le travail sur les outils de la langue a également une observation de la structure de certaines phrases en grammaire pour approcher les fonctions de compléments circonstanciels de lieu ; compléments circonstanciels de temps et de complément d'objet direct ; compléments circonstanciels de manière.

* Par contre, les pages 12 à 13 et 18 à 21 étant plus faciles ont été lues silencieusement par les élèves, sans écoute préalable.

* Trois méthodes ont été utilisées pour aborder la lecture de de livre.

* Après avoir lu entièrement le livre, nous avons visionné la vidéocassette L'homme qui plantai des arbres" (film du paradoxe) qui a permis à plusieurs enfants, de CM 1 notamment, de mieux comprendre le livre.


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ANALYSE ÉVALUATION :

* Des questionnaires écrits ou oraux élaborés par l'institutrice ont suivi la lecture de certains chapitres.

* Un travail à partir du vocabulaire :

Des listes de vocabulaire sélectionnées au début et à la fin du livre ont permis de mettre en évidence la renaissance de la région suite à l'action d'Elzéard Bouffier, son passage de la mort à la vie, rendu entre autres sur la vidéo par le passage du gris à la couleur (détail qui a inspiré les enfants pour illustrer l'avant et l'après de l'oeuvre de cet homme *).
Concernant l'oeuvre d'Elzéard Bouffier comparée à celle d'un créateur tout un vocabulaire biblique a dû être expliqué.
Le portrait physique et moral du héros a été dressé.
Reconstitutions de textes.
* Des bilans :

Un premier bilan a été effectué après la lecture et avant la projection, à l'aide des questionnaires qui clôturent le livre.
Un deuxième bilan a suivi la projection vidéo, où les enfants devaient donner leurs impressions générales et personnelles sur le livre, le film et le héros. Chaque élève a écrit son texte sur le houppier d'un arbre qu'il a dessiné *. Chaque arbre, représentant un élève et un arbre de la forêt d'Elzéard, a été collé sur une affiche collective *.
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PRODUCTIONS D'ENFANTS :

* Textes et dessins

* Expression poétique :

Acrostiches avec noms d'arbres, acrostiches avec noms d'animaux de la forêt.
A la manière de J.P. Schneider, " Tu dis forêt ..."
La forêt c'est ... mais c'est aussi ... : aspects inquiétants puis rassurants de la forêt.

COMMENTAIRES :
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* Les enfants ont souhaité planter des arbres dans le bois de Tremelin, où nous avions déjà fait deux sorties. L'O.N.F. contacté nous a fait savoir que la période de plantation était passée, mais qu'il proposait d'intervenir en deux temps, une première fois en sortie dans le bois pour voir et commenter les dernières plantations et pour exposer les projets, une deuxième fois en sortie dans le bois pour nous faire observer l'éveil de la nature au printemps.

* A la bibliothèque de Lochrist, quelques élèves ont demandé s'il y avait d'autres livres de Jean Giono. Nous n'en avons pas trouvé d'autres adaptés aux enfants, mais côté adultes, nous avons relevé les titres de plusieurs de ses livres; les enfants en ont remarqué quelques uns qui ont fait l'objet d'adaptations cinématographiques, tel que " Le hussard sur le toit ".

* A travers cette histoire, Jean GIONO nous montre que face à une situation qui parait sans issue, il est toujours possible de faire quelque chose. Il croit en l'homme malgré tout ce qui ne va pas : " Je trouve que malgré tout la condition humaine est admirable. " (page 52) . Il veut nous faire aimer les arbres et leur plantation.
L'arbre ramène l'eau, la vie et la fraternité.

Vocabulaire 1er chapitre
L'homme qui plantait des arbres : Jean Giono
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Une ondulation du plateau : Le relief ondule, les mouvements du sol ressemblent à des vagues.
Un treuil rudimentaire : Treuil -> cylindre avec une manivelle sur lequel est enroulée une corde attachée à un seau et que l'on déroule pour puiser de l'eau.
Rudimentaire -> très simple.
Ce pays dépouillé : nu -> à l'automne on dit que les arbres se dépouillent de leurs feuilles.
Synonymes : mots qui ont à peu près le même sens.
Insolite : étrange inattendu surprenant.
Minutieux : soigneux appliqué méticuleux.
Bienveillant : brave amical accueillant.
Sans bassesse : il accueille le visiteur avec un bon regard mais sans " faire le fou ".
Etanche : imperméable.
Famille de mots -> mots provenant du même radical et qui en garde l'idée :
As / sur / ance -> sûr sûreté assuré sûrement, idée de sûr de certain.
Préf. radical suffixe
Solitaire solitude seul esseulé solitairement.
Le flanc d'une montagne ou d'un animal, la pente.
Une route carrossable -> où l'on peut rouler.
Un climat rude : sans douceur, difficile à supporter.
D'une rudesse excessive : très rude.
Exaspérer : Pousser à bout, exagère, amplifie.
Egoïste : qui ne pense qu'à lui.
Vivre en vase clos : vivre sans rencontrer les gens d'ailleurs, aucun contact avec le monde extérieur. Le climat exaspère leur égoïsme en vase clos : ce climat les amène à vivre replié chez eux sans se soucier du voisin. Chacun pour soi.
Ambition : désir d'être riche puissant.
Irraisonnée : sans réflexion.
Démesuré : sans mesure.
Vertu : faire le bien.
Vice : faire le mal.


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Vocabulaire 2ème chapitre
L'homme qui plantait des arbres : Jean Giono

Un soldat d'infanterie : soldat qui combat à pied.
Un dada : une passion, une occupation favorite.
Une prime de démobilisation : somme d'argent accordée aux soldats après la guerre.
Préconçu : prévu d'avance.
Sans idée préconçue : sans avoir prévu d'aller voir le berger.
Une contrée : une région.
Il était même fort vert : vigoureux, en forme, alerte…
Mettre en péril : mettre en danger.
Imperturbablement : sans se laisser distraire il poursuit ses plantations.
Les desseins de la Providence : les projets de Dieu ou du hasard.


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Vocabulaire 3ème chapitre
L'homme qui plantait des arbres : Jean Giono

* Je ne l'ai jamais vu fléchir ni douter: il a toujours planté sans jamais se décourager, il croyait très fort à ce qu'il faisait.
* Il a fallu vaincre l'adversité : l'adversité c'est tout ce qui s'oppose à la bonne croissance des arbres (mauvais temps, rongeurs, insectes ...)
* Il a fallu lutter avec le désespoir : ne pas se décourager malgré la perte de beaucoup d'arbres .
* Des déboires : des échecs, des déceptions.
* Eberlué: étonné, abasourdi.
* Le forestier est naïf car il croit que la forêt a poussé toute seule. Un petit enfant est naïf car il croit facilement tout ce qu'on lui raconte.
* La frugalité: la simplicité, une vie frugale.
* La sérénité de l'âme: La paix du coeur.
* Cette vie simple, cette paix intérieure avait donné à ce vieillard une santé presque solennelle, une santé qui en impose, digne, admirable.
* Des pots-de-vin: argent gagné malhonnêtement et en cachette (les gardes forestiers refusent les pots-de-vin).


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Vocabulaire 4ème chapitre
L'homme qui plantait des arbres : Jean Giono

Quelques références bibliques :

* Une résurrection: un passage de la mort à la vie.

* Lazare était hors du tombeau: histoire de la bible qui raconte qu'un homme, Lazare était mort et que Jésus-Christ lui a redonné la vie.

* Du désert a surgi ce pays de Canaan: terre promise aux Hébreux conduits par Moïse. Le pays de Canaan était "un pays où coulaient le lait et le miel": c'est donc l'image d'un pays riche.



FICHE DE PRÉSENTATION
Ce récit est optimiste et moral. Giono parle du respect de la nature et de l'importance des plantations d'arbres. Grâce au berger, la nature revit ; l'espoir, la vie, le bonheur reviennent dans le village. Elzéard Bouffier était un homme qui a prouvé l'importance de l'obtinatination et de la générosité...

Elzéard Bouffier tenait toujours sa tringle de fer, elle lui montrait le chemin à suivre. Son béret, marron comme ses yeux, avait la forme d'un chapeau de cep. Ses habits étaient ceux d'un campagnard. Sa main enflée lui avait sûrement servi à mille choses. Toutes ses rides autour des yeux montraient une vie de travail continuel. Ses cils et sourcils étaient en broussaille. Son nez arrondi était celui d'un bienveillant. Ses cheveux gris avaient l'air aussi raides que les poils d'un phoque. Ses oreilles décollées devaient percevoir le moindre bruit.

Manuel S.

Il s'appelle Elzéard Bouffier et a plus de cinquante ans. Il porte un béret marron clair. Il a les cheveux assez gris et rasés. Ses yeux sont enfoncés et un peu ronds. Son front est légèrement ridé. Ses sourcils sont bien dessinés. Son teint est mat. Il porte une écharpe verte et un pull marron. Au fond de ses yeux, on voit de la gentillesse, de la générosité. Son sourire est un peu caché, mais il paraît heureux.

Thomas L.C.

Il porte un béret. Il a des cheveux blancs et rares, des yeux fatigués et ridés, des joues qui tombent. Son nez est rond au bout et large sur les côtés. Ses sourcils peu touffus ressortent un peu. Son sourire se perd dans la solitude, il ressort une sorte de tristesse. Son visage ovale est ridé par le temps. Ses mains sont grosses et rudes. Son regard est paisible.

Marianne R.

C'est un homme aimable. Ses yeux sont de la couleur d'un tronc d'arbre. Son visage est plutôt carré et son teint coloré par l'air des hauteurs. Ses cheveux ont la couleur des nuages qui se préparent à mouiller. Ses oreilles ont un lobe allongé. Ses lèvres sont minces et serrées. Son menton est en galoche.

Coline P.

Cet homme s'appelle Elzéard Bouffier. Il est âgé d'environ cinquante ans. Il a le visage arrondi et ridé, un visage sincère. Il a les yeux marron clair et son regard est celui d'un homme heureux. Son nez est plutôt long et triangulaire avec des narines assez grosses. Sa bouche est fine et simple. Il a des cheveux courts et blancs. Ses oreilles sont arrondies. Il a le teint mat. Son allure est celle d'un berger solitaire. Il a des mains assez fortes, des mains de travailleur. Il parait plutôt grand et costaud. Il est généreux, timide, aimable, bizarre, chaleureux et loyal.

Charlotte G.

Cet homme était âgé de cinquante cinq ans. Son amabilité se voyait dans ses yeux marron et un peu malicieux. Il avait un nez recourbé et une bouche souriante. Deux oreilles en chou-fleur étaient tout le temps à l'écoute. Son front était plissé. Des mains énormes montrait sa force. Il portait souvent un béret sur la tête. Ses vêtements étaient superbement reprisés. Il avait une tringle de fer qui lui servait à faire des trous pour y mettre des glands. Il était d'une délicatesse et d'une minutie extraordinaire. C'était un homme énergique et courageux.

Clément C.

Cet homme a environ cinquante ans, il s'appelle Elzéard Bouffier. Il porte sur la tête un béret marron-jaune. Son front est ridé. Ses yeux enfoncés et ridés tout autour sont verts. Ses cheveux sel et poivre sont à moitié hérissés et ses oreilles décollées. Il a un regard bien net. Le nez crochu revient vers la bouche. Ses lèvres on ne les voit pas, la bouche est fermée et petite. Son menton se relève un peu. Elzéard Bouffier est habillé comme les campagnards. Il parait vieux, grand et assez costaud. Il est très généreux et attentif.

Bastien R.

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L'homme qui plantait des arbres (Ecoles du Monde)    -    Auteur : Gassoumi ML - Tunisie


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