Ecoles du Monde
Contes et histoires

Le Loup et les sept Chevreaux.

Il était une fois une vieille chèvre qui avait sept chevreaux et les aimait comme chaque mère aime ses enfants. Un jour, elle voulut aller dans la forêt pour rapporter quelque chose à manger, elle les rassembla tous les sept et leur dit :
- Je dois aller dans la forêt, mes chers enfants. Faites attention au loup ! S'il arrivait à rentrer dans la maison, il vous mangerait tout crus. Ce bandit sait jouer la comédie, mais il a une voix rauque et des pattes noires, c'est ainsi que vous le reconnaîtrez.
- Ne t'inquiète pas, maman, répondirent les chevreaux, nous ferons attention. Tu peux t'en aller sans crainte.
La vieille chèvre bêla de satisfaction et s'en alla.
Peu de temps après, quelqu'un frappa à la porte en criant :
- Ouvrez la porte, mes chers enfants, votre mère est là et vous a apporté quelque chose.
Mais les chevreaux reconnurent le loup à sa voix rude.
- Nous ne t'ouvrirons pas, crièrent- ils. Tu n'es pas notre maman. Notre maman a une voix douce et agréable et ta voix est rauque. Tu es un loup !
Le loup partit chez le marchand et y acheta un grand morceau de craie. Il mangea la craie et sa voix devint plus douce. Il revint ensuite vers la petite maison, frappa et appela à nouveau :
- Ouvrez la porte, mes chers enfants, votre maman est de retour et vous a apporté pour chacun un petit quelque chose.
Mais tout en parlant il posa sa patte noire sur la fenêtre ; les chevreaux l'aperçurent et crièrent :
- Nous ne t'ouvrirons pas ! Notre maman n'a pas les pattes noires comme toi. Tu es un loup !
Et le loup courut chez le boulanger et dit :
- Je me suis blessé à la patte, enduis-la-moi avec de la pâte.
Le boulanger lui enduisit la patte et le loup courut encore chez le meunier.
- Verse de la farine blanche sur ma patte ! commanda-t-il.
- Le loup veut duper quelqu'un, pensa le meunier, et il fit des manières. Mais le loup dit :
- Si tu ne le fais pas, je te mangerai.
Le meunier eut peur et blanchit sa patte. Eh oui, les gens sont ainsi !
Pour la troisième fois le loup arriva à la porte de la petite maison, frappa et cria :
- Ouvrez la porte, mes chers petits, maman est de retour de la forêt et vous a apporté quelque chose.
- Montre-nous ta patte d'abord, crièrent les chevreaux, que nous sachions si tu es vraiment notre maman.
Le loup posa sa patte sur le rebord de la fenêtre, et lorsque les chevreaux virent qu'elle était blanche, ils crurent tout ce qu'il avait dit et ouvrirent la porte. Mais c'est un loup qui entra.
Les chevreaux prirent peur et voulurent se cacher. L'un sauta sous la table, un autre dans le lit, le troisième dans le poêle, le quatrième dans la cuisine, le cinquième s'enferma dans l'armoire, le sixième se cacha sous le lavabo et le septième dans la pendule. Mais le loup les trouva et ne traîna pas : il avala les chevreaux, l'un après l'autre. Le seul qu'il ne trouva pas était celui caché dans la pendule.
Lorsque le loup fut rassasié, il se retira, se coucha sur le pré vert et s'endormit.
Peu de temps après, la vieille chèvre revint de la forêt. Ah, quel triste spectacle l'attendait à la maison ! La porte grande ouverte, la table, les chaises, les bancs renversés, le lavabo avait volé en éclats, la couverture et les oreillers du lit traînaient par terre. Elle chercha ses petits, mais en vain. Elle les appela par leur nom, l'un après l'autre, mais aucun ne répondit. C'est seulement lorsqu'elle prononça le nom du plus jeune qu'une petite voix fluette se fit entendre :
- Je suis là, maman, dans la pendule !
Elle l'aida à en sortir et le chevreau lui raconta que le loup était venu et qu'il avait mangé tous les autres chevreaux. Imaginez combien la vieille chèvre pleura ses petits !
Toute malheureuse, elle sortit de la petite maison et le chevreau courut derrière elle. Dans le pré, le loup était couché sous l'arbre et ronflait à en faire trembler les branches. La chèvre le regarda de près et observa que quelque chose bougeait et grouillait dans son gros ventre.
- Mon Dieu, pensa-t-elle, et si mes pauvres petits que le loup a mangés au dîner, étaient encore en vie ?
Le chevreau dut repartir à la maison pour rapporter des ciseaux, une aiguille et du fil. La chèvre cisailla le ventre du monstre, et aussitôt le premier chevreau sortit la tête ; elle continua et les six chevreaux en sortirent, l'un après l'autre, tous sains et saufs, car, dans sa hâte, le loup glouton les avaient avalés tout entiers. Quel bonheur ! Les chevreaux se blottirent contre leur chère maman, puis gambadèrent comme le tailleur à ses noces. Mais la vieille chèvre dit :
- Allez, les enfants, apportez des pierres, aussi grosses que possible, nous les fourrerons dans le ventre de cette vilaine bête tant qu'elle est encore couchée et endormie.
Et les sept chevreaux roulèrent les pierres et en farcirent le ventre du loup jusqu'à ce qu'il soit plein. La vieille chèvre le recousit vite, de sorte que le loup ne s'aperçut de rien et ne bougea même pas.
Quand il se réveilla enfin, il se leva, et comme les pierres lui pesaient dans l'estomac, il eut très soif. Il voulut aller au puits pour boire, mais comme il se balançait en marchant, les pierres dans son ventre grondaient.
Cela grogne, cela gronde,
mon ventre tonne !
J'ai avalé sept chevreaux,
n'était-ce rien qu'une illusion ?
Et de lourdes grosses pierres
les remplacèrent.
Il alla jusqu'au puits, se pencha et but. Les lourdes pierres le tirèrent sous l'eau et le loup se noya lamentablement. Les sept chevreaux accoururent alors et se mirent à crier :
- Le loup est mort, c'en est fini de lui !
Et ils se mirent à danser autour du puits et la vieille chèvre dansa avec eux.







Les six frères cygnes
Conte de Grimm
Un jour, un roi chassait dans une grande forêt. Et il y mettait tant de cœur que personne, parmi ses gens, n'arrivait à le suivre. Quand le soir arriva, il s'arrêta et regarda autour de lui. Il s'aperçut qu'il avait perdu son chemin. Il chercha à sortir du bois, mais ne put y parvenir. Il vit alors une vieille femme au chef branlant qui s'approchait de lui. C'était une sorcière.
- Chère dame , lui dit-il , ne pourriez-vous pas m'indiquer le chemin qui sort du bois ?
- Oh ! si, monsieur le roi, répondit-elle. je le puis. Mais à une condition. Si vous ne la remplissez pas, vous ne sortirez jamais de la forêt et vous y mourrez de faim.
- Quelle est cette condition ? demanda le roi.
- J'ai une fille, dit la vieille, qui est si belle qu'elle n'a pas sa pareille au monde. Elle mérite de devenir votre femme. Si vous en faites une reine, je vous montrerai le chemin.
Le roi avait si peur qu'il accepta et la vieille le conduisit vers sa petite maison où sa fille était assise au coin du feu. Elle accueillit le roi comme si elle l'avait attendu et il vit qu'elle était vraiment très belle. Malgré tout, elle ne lui plut pas et ce n'est pas sans une épouvante secrète qu'il la regardait. Après avoir fait monter la jeune fille auprès de lui sur son cheval, la vieille lui indiqua le chemin et le roi parvint à son palais où les noces furent célébrées.
Le roi avait déjà été marié et il avait eu de sa première femme sept enfants, six garçons et une fille, qu'il aimait plus que tout au monde. Comme il craignait que leur belle-mère ne les traitât pas bien, il les conduisit dans un château isolé situé au milieu d'une forêt. Il était si bien caché et le chemin qui y conduisait était si difficile à découvrir qu'il ne l'aurait pas trouvé lui-même si une fée ne lui avait offert une pelote de fil aux propriétés merveilleuses. Lorsqu'il la lançait devant lui, elle se déroulait d'elle-même et lui montrait le chemin. Le roi allait cependant si souvent auprès de ses chers enfants que la reine finit par remarquer ses absences. Curieuse, elle voulut savoir ce qu'il allait faire tout seul dans la forêt. Elle donna beaucoup d'argent à ses serviteurs. Ils lui révélèrent le secret et lui parlèrent de la pelote qui savait d'elle-même indiquer le chemin. Elle n'eut de cesse jusqu'à ce qu'elle eût découvert où le roi serrait la pelote. Elle confectionna alors des petites chemises de soie blanche et, comme sa mère lui avait appris l'art de la sorcellerie, elle y jeta un sort. Un jour que le roi était parti à la chasse, elle s'en fut dans la forêt avec les petites chemises. La pelote lui montrait le chemin. Les enfants, voyant quelqu'un arriver de loin, crurent que c'était leur cher père qui venait vers eux et ils coururent pleins de joie à sa rencontre. Elle jeta sur chacun d'eux l'une des petites chemises et, aussitôt que celles-ci eurent touché leur corps, ils se transformèrent en cygnes et s'envolèrent par-dessus la forêt. La reine, très contente, repartit vers son château, persuadée qu'elle était débarrassée des enfants. Mais la fille n'était pas partie avec ses frères et ne savait pas ce qu'ils étaient devenus.
Le lendemain, le roi vint rendre visite à ses enfants. Il ne trouva que sa fille.
- Où sont tes frères ? demanda-t-il.
- Ah ! cher père, répondit-elle, ils sont partis et m'ont laissée toute seule.
Elle lui raconta qu'elle avait vu de sa fenêtre comment ses frères transformés en cygnes étaient partis en volant au-dessus de la forêt et lui montra les plumes qu'ils avaient laissé tomber dans la cour. Le roi s'affligea, mais il ne pensa pas que c'était la reine qui avait commis cette mauvaise action. Et comme il craignait que sa fille ne lui fût également ravie, il voulut l'emmener avec lui. Mais elle avait peur de sa belle-mère et pria le roi de la laisser une nuit encore dans le château de la forêt.
La pauvre jeune fille pensait : « je ne resterai pas longtemps ici, je vais aller à la recherche de mes frères. » Et lorsque la nuit vint, elle s'enfuit et s'enfonça tout droit dans la forêt. Elle marcha toute la nuit et encore le jour suivant jusqu'à ce que la fatigue l'empêchât d'avancer. Elle vit alors une hutte dans laquelle elle entra ; elle y trouva six petits lits. Mais elle n'osa pas s'y coucher. Elle se faufila sous l'un deux, s'allongea sur le sol dur et se prépara au sommeil. Mais, comme le soleil allait se coucher, elle entendit un bruissement et vit six cygnes entrer par la fenêtre. Ils se posèrent sur le sol, soufflèrent l'un sur l'autre et toutes leurs plumes s'envolèrent. Leur peau apparut sous la forme d'une petite chemise. La jeune fille les regarda bien et reconnut ses frères. Elle se réjouit et sortit de dessous le lit. Ses frères ne furent pas moins heureux qu'elle lorsqu'ils la virent. Mais leur joie fut de courte durée.
- Tu ne peux pas rester ici, lui dirent-ils, nous sommes dans une maison de voleurs. S'ils te trouvent ici quand ils arriveront, ils te tueront.
- Vous ne pouvez donc pas me protéger ? demanda la petite fille.
- Non ! répondirent-ils, car nous ne pouvons quitter notre peau de cygne que durant un quart d'heure chaque soir et, pendant ce temps, nous reprenons notre apparence humaine. Mais ensuite, nous redevenons des cygnes.
La petite fille pleura et dit :
- Ne pouvez-vous donc pas être sauvés ?
- Ah, non, répondirent-ils, les conditions en sont trop difficiles. Il faudrait que pendant six ans tu ne parles ni ne ries et que pendant ce temps tu nous confectionnes six petites chemises faites de fleurs. Si un seul mot sortait de ta bouche, toute ta peine aurait été inutile.
Et comme ses frères disaient cela, le quart d'heure s'était écoulé et, redevenus cygnes, ils s'en allèrent par la fenêtre.
La jeune fille résolut cependant de sauver ses frères, même si cela devait lui coûter la vie. Elle quitta la hutte, gagna le centre de la forêt, grimpa sur un arbre et y passa la nuit. Le lendemain, elle rassembla des fleurs et commença à coudre. Elle n'avait personne à qui parler et n'avait aucune envie de rire. Elle restait assise où elle était et ne regardait que son travail. Il en était ainsi depuis longtemps déjà, lorsqu'il advint que le roi du pays chassa dans la forêt et que ses gens s'approchèrent de l'arbre sur lequel elle se tenait . Ils l'appelèrent et lui dirent :
- Qui es-tu ?
Elle ne répondit pas.
- Viens, lui dirent-ils, nous ne te ferons aucun mal.
Elle secoua seulement la tête. Comme ils continuaient à la presser de questions, elle leur lança son collier d'or, espérant les satisfaire. Mais ils n'en démordaient pas. Elle leur lança alors sa ceinture ; mais cela ne leur suffisait pas non plus. Puis sa jarretière et, petit à petit, tout ce qu selle avait sur elle et dont elle pouvait se passer, si bien qu'il ne lui resta que sa petite chemise. Mais les chasseurs ne s'en contentèrent pas. Ils grimpèrent sur l'arbre, se saisirent d'elle et la conduisirent au roi. Le roi demanda :
- Qui es-tu ? Que fais-tu sur cet arbre ?
Elle ne répondit pas. Il lui posa des questions dans toutes les langues qu'il connaissait, mais elle resta muette comme une carpe. Comme elle était très belle, le roi en fut ému et il s'éprit d'un grand amour pour elle. Il l'enveloppa de son manteau, la mit devant lui sur son cheval et l'emmena dans son château. Il lui fit donner de riches vêtements et elle resplendissait de beauté comme un soleil. Mais il était impossible de lui arracher une parole. A table, il la plaça à ses côtés et sa modestie comme sa réserve lui plurent si fort qu'il dit :
- Je veux l'épouser, elle et personne d'autre au monde.
Au bout de quelques jours, il se maria avec elle. Mais le roi avait une mère méchante, à laquelle ce mariage ne plaisait pas. Elle disait du mal de la jeune reine. « Qui sait d'où vient cette folle, disait-elle. Elle ne sait pas parler et ne vaut rien pour un roi. » Au bout d'un an, quand la reine eut un premier enfant, la vieille le lui enleva et, pendant qu'elle dormait, elle lui barbouilla les lèvres de sang. Puis elle se rendit auprès du roi et accusa sa femme d'être une mangeuse d'hommes. Le roi ne voulut pas la croire et n'accepta pas qu'on lui lit du mal. Elle, cependant, restait là, cousant ses chemises et ne prêtant attention à rien d'autre. Lorsqu'elle eut son second enfant, un beau garçon, la méchante belle-mère recommença, mais le roi n'arrivait pas à la croire. Il dit : « Elle est trop pieuse et trop bonne pour faire pareille chose. Si elle n'était pas muette et pouvait se défendre, son innocence éclaterait. » Mais lorsque la vieille lui enleva une troisième fois son enfant nouveau-né et accusa la reine qui ne disait pas un mot pour sa défense, le roi ne put rien faire d'autre que de la traduire en justice et elle fut condamnée à être brûlée vive.
Quand vint le jour où le verdict devait être exécuté, c'était également le dernier des six années au cours desquelles elle n'avait le droit ni de parler ni de rire et où elle pourrait libérer ses frères chéris du mauvais sort. Les six chemises étaient achevées. Il ne manquait que la manche gauche de la sixième. Quand on la conduisit à la mort, elle plaça les six chemises sur son bras et quand elle fut en haut du bûcher, au moment où le feu allait être allumé, elle regarda autour d'elle et vit que les six cygnes arrivaient en volant. Elle comprit que leur délivrance approchait et son coeur se remplit de joie. Les cygnes s'approchèrent et se posèrent auprès d'elle de sorte qu'elle put leur lancer les chemises. Dès qu'elles les atteignirent, les plumes de cygnes tombèrent et ses frères se tinrent devant elle en chair et en os, frais et beaux. Il ne manquait au plus jeune que le bras gauche. À la place, il avait une aile de cygne dans le dos. Ils s'embrassèrent et la reine s'approcha du roi complètement bouleversé, commença à parler et dit :
- Mon cher époux, maintenant j'ai le droit de parler et de te dire que je suis innocente et que l'on m'a faussement accusée.
Et elle lui dit la tromperie de la vieille qui lui avait enlevé ses trois enfants et les avait cachés. Pour la plus grande joie du roi, ils lui furent ramenés et, en punition, la méchante belle-mère fut attachée au bûcher et réduite en cendres. Pendant de nombreuses années, le roi, la reine et ses six frères vécurent dans le bonheur et la paix



La Fille du Roi et la Grenouille.
Conte de Grimm.

Dans des temps très anciens, alors qu'il pouvait encore être utile de faire des vœux, vivait un roi dont toutes les filles étaient belles. La plus jeune était si belle que le soleil, qui en a cependant tant vu, s'étonnait chaque fois qu'il illuminait son visage. Non loin du château du roi, il y avait une grande et sombre forêt et, dans la forêt, sous un vieux tilleul, une fontaine. Un jour qu'il faisait très chaud, la royale enfant partit dans le bois, et s'assit au bord de la source fraîche. Et comme elle s'ennuyait, elle prit sa balle en or, la jeta en l'air et la rattrapa ; c'était son jeu favori. Il arriva que la balle d'or, au lieu de revenir dans sa main, tomba sur le sol et roula tout droit dans l'eau. La princesse la suivit des yeux, mais la balle disparut : la fontaine était si profonde qu'on n'en voyait pas le fond. La jeune fille se mit à pleurer, à pleurer de plus en plus fort ; elle était inconsolable. Comme elle gémissait ainsi, quelqu'un lui cria :
-Pourquoi pleures-tu, princesse, si fort qu'une pierre s'en laisserait attendrir ?
Elle regarda autour d'elle pour voir d'où venait la voix et aperçut une grenouille qui tendait hors de l'eau sa tête grosse et affreuse.
- Ah ! c'est toi, vieille barboteuse ! dit-elle ; je pleure ma balle d'or qui est tombée dans la fontaine. - Tais-toi et ne pleure plus, dit la grenouille. Je vais t'aider. Mais que me donneras-tu si je te rapporte ton jouet ?
- Ce que tu voudras, chère grenouille, répondit-elle, mes habits, mes perles et mes diamants et même la couronne d'or que je porte sur la tête.
- Je ne veux ni de tes perles, ni de tes diamants, ni de ta couronne. Mais, si tu acceptes de m'aimer, si tu me prends comme compagne et camarade de jeux, si je peux m'asseoir à ta table à côté de toi, manger dans ton assiette, boire dans ton gobelet et dormir dans ton lit, si tu me promets tout cela, je plongerai au fond de la source et te rendrai ta balle.
- Mais oui, dit-elle je te promets tout ce que tu veux à condition que tu me retrouves ma balle.
Elle se disait : « Elle vit là, dans l'eau avec les siens et coasse. Comment serait-elle la compagne d'un être humain ? »
Quand la grenouille eut obtenu sa promesse, elle mit la tête sous l'eau, plongea et, peu après, réapparut en tenant la balle entre ses lèvres. Elle la jeta sur l'herbe. En retrouvant son beau jouet, la fille du roi fut folle de joie. Elle le ramassa et partit en courant.
- Attends ! Attends ! cria la grenouille. Emmène-moi ! je ne peux pas courir aussi vite que toi !
Mais il ne lui servit à rien de pousser ses « coâ ! coâ ! coâ ! » aussi fort qu'elle pouvait. La jeune fille ne l'écoutait pas. Elle se hâtait de rentrer à la maison et bientôt la pauvre grenouille fut oubliée. Il ne lui restait plus qu'à replonger dans la fontaine.
Le lendemain, comme la petite princesse était à table, mangeant dans sa jolie assiette d'or, avec le roi et tous les gens de la Cour, on entendit - plouf ! plouf ! plouf ! plouf ! - quelque chose qui montait l'escalier de marbre. Puis on frappa à la porte et une voix dit :
- Fille du roi, la plus jeune, ouvre moi !
Elle se leva de table pour voir qui était là. Quand elle ouvrit, elle aperçut la grenouille. Elle repoussa bien vite la porte et alla reprendre sa place. Elle avait très peur. Le roi vit que son cœur battait fort et dit :
- Que crains-tu, mon enfant ? Y aurait-il un géant derrière la porte, qui viendrait te chercher ?
- Oh ! non, répondit-elle, ce n'est pas un géant, mais une vilaine grenouille.
- Que te veut cette grenouille ?
- Ah ! cher père, hier, comme j'étais au bord de la fontaine et que je jouais avec ma balle d'or, celle-ci tomba dans l'eau. Parce que je pleurais bien fort, la grenouille me l'a rapportée. Et comme elle me le demandait avec insistance, je lui ai promis qu' elle deviendrait ma compagne. Mais je ne pensais pas qu'elle sortirait de son eau. Et voilà qu'elle est là dehors et veut venir auprès de moi.
Sur ces entrefaites, on frappa une seconde fois à la porte et une voix dit :
Fille du roi, la plus jeune,
Ouvre-moi !
Ne sais-tu plus ce qu'hier
Au bord de la fontaine fraîche
Tu me promis ?
Fille du roi, la plus jeune,
Ouvre-moi !
Le roi dit alors :
- Ce que tu as promis, il faut le faire. Va et ouvre !
Elle se leva et ouvrit la porte. La grenouille sautilla dans la salle, toujours sur ses talons, jusqu'à sa chaise. Là, elle s'arrêta et dit :
- Prends-moi auprès de toi !
La princesse hésita. Mais le roi lui donna l'ordre d'obéir. Quand la grenouille fut installée sur la chaise, elle demanda à monter sur la table. Et quand elle y fut, elle dit :
- Approche ta petite assiette d'or, nous allons y manger ensemble.
La princesse fit ce qu'on voulait, mais c'était malgré tout de mauvais cœur. La grenouille mangea de bon appétit ; quant à la princesse, chaque bouchée lui restait au travers de la gorge. À la fin, la grenouille dit :
- J'ai mangé à satiété ; maintenant, je suis fatiguée. Conduis-moi dans ta chambrette et prépare ton lit de soie ; nous allons dormir.
La fille du roi se mit à pleurer ; elle avait peur du contact glacé de la grenouille et n'osait pas la toucher. Et maintenant, elle allait dormir dans son joli lit bien propre ! Mais le roi se fâcha et dit :
- Tu n'as pas le droit de mépriser celle qui t'a aidée quand tu étais dans le chagrin.
La princesse saisit la grenouille entre deux doigts, la monta dans sa chambre et la déposa dans un coin. Quand elle fut couchée, la grenouille sauta près du lit et dit :
- Prends-moi, sinon je le dirai à ton père.
La princesse se mit en colère, saisit la grenouille et la projeta de toutes ses forces contre le mur :
- Comme ça tu dormiras, affreuse grenouille !
Mais quand l'animal retomba sur le sol, ce n'était plus une grenouille. Un prince aux beaux yeux pleins d'amitié la regardait. Il en fut fait selon la volonté du père de la princesse. Il devint son compagnon aimé et son époux. Il lui raconta qu'une méchante sorcière lui avait jeté un sort et la princesse seule pouvait l'en libérer. Le lendemain, ils partiraient tous deux pour son royaume. Ils s'endormirent et, au matin, quand le soleil se leva, on vit arriver une voiture attelée de huit chevaux blancs. Ils avaient de blancs plumets sur la tête et leurs harnais étaient d'or. À l'arrière se tenait le valet du jeune roi. C'était le fidèle Henri. Il avait eu tant de chagrin quand il avait vu son seigneur transformé en grenouille qu'il s'était fait bander la poitrine de trois cercles de fer pour que son cœur n'éclatât pas de douleur. La voiture devait emmener le prince dans son royaume. Le fidèle Henri l'y fit monter avec la princesse, et s'installa de nouveau à l'arrière, tout heureux de voir son maître libéré du mauvais sort. Quand ils eurent roulé pendant quelque temps, le prince entendit des craquements derrière lui, comme si quelque chose se brisait. Il tourna la tête et dit :
- Henri, est-ce l'attelage qui brise ses chaînes ?
- Eh ! non, Seigneur, ce n'est pas la voiture,
Mais de mon cœur l'une des ceintures.
Car j'ai eu tant de peine
Quand vous étiez dans la fontaine,
Transformé en grenouille vilaine !
Par deux fois encore, en cours de route, on entendit des craquements et le prince crut encore que la voiture se brisait. Mais ce n'était que les cercles de fer du fidèle Henri, heureux de voir son seigneur délivré.




Le fermier et les alouettes
Voilà le printemps ! Dans un champs de blé, une alouette a bâti son nid et attend patiemment l'éclosion de ses trois œufs.
Toc, toc, toc ! une première coquille éclate et un tout petit oiseau chauve et à demi aveugle en sort en pépiant.
Toc, toc, toc ! les autres coquilles éclatent à leur tour et deux autres oisillons rejoignent le premier.
Madame Alouette est devenue l'heureuse maman de trois adorables oiselet et selon l'ordre consacré, la mère et les enfants se portent bien. Trois, ce n'est pas rien. Elle n'a plus une seconde à elle. Sa progéniture réclame à manger. Elle n'a de cesse d'aller et de venir pour leur apporter la nourriture. Ce ne sont plus des oiseaux, ce sont des ogres !
Maintenant, l'été est là. Malgré toute l'attention et les bons soins qu'elle leur a prodigués, les oisillons n'ont pas encore leurs ailes assez fortes pour pouvoir s'envoler. Lorsqu'elle regarde la couleur du blé, Madame Alouette sait qu'il est grand temps pour sa nichée de quitter le champs. Le temps des moissons ne doit plus être très loin et bientôt le fermier viendra et les délogera.
Un matin, avant de s'en aller en quête de nourriture, Madame Alouette réveille ses petits et leur dit :
- "Mes enfants, aujourd'hui, le paysan va certainement venir. Ecoutez bien ce qu'il dira et vous me répéterai mots pour mots ses paroles !"
Le soir, à son retour, elle trouve ses trois petits qui l'attendent les traits tirés par l'inquiétude.
Tous parlent ensemble dans un beau brouhaha :
- "Maman, maman, le paysan a dit qu'il viendrait demain pour faucher les blés avec toute sa famille !"
- "Fort bien, répond Madame Alouette, dans ces conditions, nous n'avons pas de souci à nous faire. Nous pouvons rester un jour de plus."
Madame Alouette avait raison et lorsqu'elle rentre au nid, le jour suivant, elle y trouve ses enfants qui tous en même temps lui racontent que le fermier est venu, qu'il a attendu toute la journée l'arrivée de sa famille et qu'il était très en colère.
-"A-t-il dit quelque chose ?" demande l'alouette.
- "Oh oui ! répond le plus petit des trois, il a dit qu'au moins ses amis ne le laisseront pas tomber et qu'ils viendront demain pour l'aider à rentrer sa récolte."
- "Fort bien, répond Madame Alouette, dans ces conditions, nous n'avons pas de souci à nous faire. Nous pouvons rester un jour de plus.
Le jour suivant, lorsqu'elle rentre au nid, elle trouve ses trois petits fort agités.
- "Maman, maman, les amis du paysan ne sont pas venus" dit le premier
- "Mais il a dit qu'il rentrerait sa récolte demain " enchaîne le second
- "Qu'il aura un coup de main de ses voisins puisqu'il les a aidés" termine le troisième.
- "Fort bien, répond Madame Alouette, dans ces conditions, nous n'avons pas de souci à nous faire. Nous pouvons rester un jour de plus.
Une fois de plus, l'alouette ne n'est pas trompée. Et, lorsque, le jour suivant, elle rentre au nid, elle apprend de ses trois enfants que fatigué d'attendre, le fermier a décidé de faucher son blé tout seul dès le lendemain.
- "Cette, fois, le paysan a compris qu'il vaut mieux faucher son blé tout seul que d'attendre le bon vouloir des autres. Il nous faut partir. Le fermier n'attendra pas un jour de plus !"
Et dès le matin suivant, les petites alouettes devenues suffisamment fortes, prennent leur envol avec leur mère, toujours très fière de ses petits…

LES ENVOYES DE L’HIVER
C’était un matin de novembre.
Ce matin là, comme tous les matins, Ginette se rend au parc qui jouxte sa maison. Elle a dans sa main des morceaux de pain qu’elle destine aux oiseaux.
Lorsqu’elle arrive, ce jour là, tout est calme silencieux. Il n’y a pas d’oiseaux sur les branches nues des arbres. Seules quelques feuilles brunies crissent sous ses pas. Les oiseaux sont partis. La plupart vers les pays du soleil, vers le Sud et les autres, ceux qui restent, se cachent à l’abri du froid.
Ginette est bien seule.
Elle voit soudain apparaître au dessus du vieil orme, un oiseau magnifique. Ses ailes sont blanches, bordées de rouge. Son corps est bleu et son bec est doré. Jamais elle n’a vu plus bel oiseau. Délicatement, il se pose sur une branche, un peu comme une plume se pose sur le sol. Ginette surprise n'arrive plus à respirer. Elle est émerveillée.
- Bonjour ! entend-elle.
Mais d'où peut bien provenir cette voix ? Elle se retourne. Il n’y a personne. L’oiseau ouvre ses ailes et des flocons de neige tombent sur le sol.
- Je suis, l'envoyée de la neige. Je m'appelle Nixia. Je fais tomber les flocons.
En ouvrant ses ailes, l'oiseau fait naître une vraie chute de neige tout autour de l’arbre où il s'était posé.
- Alors, tu fais l’hiver !
- Oui et non. enfin, ce n’est pas moi toute seule. Si tu veux, je vais te raconter comment vient l’hiver.
Dans le Nord du pays, vit Monsieur Hiver. Chaque année, à cette même époque, il nous envoie dans toutes les régions pour y apporter son message. Nous sommes trois envoyés : moi, Nixia ; mon ami, Brrr, l'envoyé du froid et Blizz, l'envoyé du vent du Nord. C'est à trois que nous faisons l’hiver. J’arrive toujours la première. Tu sais bien que le froid et le vent, sans la neige, c’est triste. Lorsque j'arrive, les gens sont contents ; la neige est douce et réjouit leur cœur. Les enfants sortent dans les rues. C'est un peu comme une fête.
- Oh ! mais c'est super ! J'aime tant la neige. Jamais je n'aurais imaginé. Tu en as de la chance.
- C’est vrai, moi, j'ai le beau rôle mais Brrr, lui, il n’est pas aimé du tout ...
Au même moment, un souffle glacé fait frissonner Ginette et un oiseau vert vient se poser à côté de Nixia dans un bruit sec de glaçon qui craque.
- Toi, je parie que tu es Brrr, dit Ginette.
- Bien vu, je suis l'envoyé du froid.
- Alors, c’est toi qui fait les glaçons ? J’aimerais bien en avoir un gros sur le bord de ma fenêtre.
- Pas de problème, je vais t’en faire un mais avant, il faut que je gèle les cours d’eau, les patinoires et que je mette du givre aux carreaux. Tu sais ces étoiles qui t’empêchent de voir dehors et t’obligent à souffler sur la vitre pour apercevoir un bout de ciel. Allons, je parle, je parle, il est grand temps que je me mette au travail. Attention, je vais te frigorifier.
Ginette enfonce ses mains dans ses poches, mais ses petits doigts s’engourdissent. Son nez devient tout rouge. Il est l'heure de rentrer. Sa maman va s’inquiéter. Le coeur gros, elle quitte ses nouveaux amis très heureuse pourtant d’avoir fait une rencontre si extraordinaire. En chemin, elle se dit que peut-être demain, elle verra le troisième envoyé. Ce sera alors vraiment l’hiver. Il est donc grand temps qu'elle sorte ses gants, sa tuque, son écharpe multicolore et son anorak à capuchon fourré.
Le lendemain, lorsqu’elle se réveille, Ginette se rend vite compte que l'envoyé du vent du Nord est arrivé à son tour. On l’entend qui siffle à travers les fentes du toit et de la cheminée. Elle enfile ses vêtements et se dirige vers le parc. Dans l’orme, il n’y a qu’un seul oiseau ; très grand et tout gris. Ses plumes sont toutes ébouriffées.
Dès qu'il aperçoit Ginette il lui crie : " Veux-tu une tempête, un ouragan, un cyclone, une tornade... " je suis Blizz, l'envoyé du vent. Ne sais-tu pas où sont mes amis ?
Au moment où il pose sa question, Brrr arrive et se pose sur la même branche que celle d'hier. Il a l’air inquiet. Visiblement, il cherche quelque chose ... ou quelqu’un. Il se met à siffler.
- As-tu vu Nixia ?demande-t-il à Ginette. Où peut-elle donc être passée ?
Ginette sent dans cette voix, toute la tristesse du monde. A son tour, elle se met à être triste et inquiète. Oh non, s’il fallait que la neige ne revienne pas, ce serait épouvantable... Elle entend un bruit qui provient de sa maison.
- Toc toc toc toc.
Un éclair bleu traverse la fenêtre du grenier. Martine a compris aussitôt. Elle se précipite chez elle, grimpe quatre à quatre les escaliers et arrive au grenier. En ouvrant la porte, elle n'est pas surprise de trouver Nixia. Elle lui ouvre la fenêtre.
- Merci de me secourir. La fenêtre était ouverte hier soir alors je suis entrée pour me reposer. Le vent l’a refermée et je ne pouvais plus sortir.
Et Nixia s’envole en direction du grand orme.
Lorsque Ginette revient dans le parc, les trois oiseaux sont réunis et font leur plan pour la journée.
- Je propose de faire une énorme tempête...
Ginette se permet d'intervenir :
- J’ai quelque chose à vous demander. Comme tous les enfants, j’aime la neige mais trop de froid, trop de vent nous empêche de jouer. Trop de neige aussi bloque les routes et nos parents sont alors de méchante humeur. Un peu des trois, ce serait parfait. Juste pour cet hiver, ne pourriez-vous vous entendre ?
Les trois oiseaux se regardent et opinent du chef.
- D'accord, on va te faire le plus beau des hivers : pas trop de froid, pas trop de vent, avec juste assez de neige.
Personne n’a jamais su pourquoi, cette année là, l’hiver a été si doux.
Personne ?
Si.
Il y a eu Ginette et puis, il y a vous.

Conte anglais
Un tout petit garçon était assis aux pieds de sa mère, près d'une porte-fenêtre qui donnait sur le jardin. On était en automne, et le vent soufflait tristement et faisait courir les feuilles sèches couleur d'or sur le gravier du che¬min et sur l'herbe de la pelouse.
La maman tricotait une petite chaussette; les aiguilles faisaient clic, clic, dans ses doigts, mais ses yeux regardaient le ciel rendu tout rouge par les rayons du soleil couchant. Le petit garçon appuya sa tête contre les genoux de sa maman, et se tint si tranquille qu'à la fin elle pencha la tête pour voir s'il dormait. II ne dormait pas; il regardait attentivement un buisson de ronces qui agitait ses longues branches couvertes de feuilles rouges de l'autre côté de la barrière.
- À quoi penses-tu, mon chéri ? demanda la mère.
- Regarde le buisson de ronces, maman. Qu'est-ce qu'il dit ? II me fait : bonjour, bonjour, par-dessus la barrière; qu'est-ce qu'il dit ?
- Ce qu'il dit ? répondit-elle. II dit : « J'aperçois un heureux petit garçon, dans une jolie chambre, éclairée par un bon feu. Ici, dehors, il fait froid et sombre, mais, là où est le petit garçon, il fait chaud et clair. Je lui dis : bonjour, bonjour, et il me regarde. Je voudrais bien savoir s'il sait combien il est heureux!
L'hiver.
« ... Voyez, mes feuilles sont toutes rouges. Tous les jours, elles se sèchent et elles tombent, et bientôt la bise les aura toutes jetées à terre. Alors la neige viendra me couvrir... et puis, elle s'en ira. aussi, et mes branches « dépouillées seront battues par la pluie et le vent.
« ... Je dis bonjour à tous ceux qui passent, et les jours s'en vont, tristes et froids, mais dans la jolie maison, si chaude et si gaie, le petit garçon joue toute la journée avec ses livres et ses joujoux. Son papa et sa maman le chérissent; il grimpe sur leurs genoux, le soir, devant le feu, pendant qu'ils lui racontent de jolies histoires ou lui chantent de belles chansons, heureux petit garçon ! Et moi, là, dehors, je regarde, et j'aperçois un rayon de lumière qui passe à travers le volet, et je voudrais bien être avec eux!
Le printemps.
« Mais j'attendrai très patiemment. Je supporterai la neige, et la pluie, et le froid, car mes racines sont bien au chaud dans la terre, et mes bourgeons dorment dans leurs petits berceaux bruns.
« Les jours et les nuits passent; la neige fond, le « ciel est bleu et la terre est molle ; les petits oiseaux voltigent en criant : cui ! cui ! Voici le printemps! et je sens la sève qui court dans mes branches.
« Le soleil devient toujours plus chaud. L'herbe pousse plus vite. Voilà mes bourgeons qui éclatent, et les petites feuilles qui sortent, et me voici, tout habillé de vert! Le petit garçon court pour venir me voir, et il crie : Oh! maman! le buisson de ronces est tout en vie, et si beau, et si vert! Oh ! viens voir! Et alors, j'incline ma tête au vent d'été et tous les jours je deviens plus beau, et, à la fin, je suis tout couvert de fleurs blanches et roses!
L'été.
« Encore quelques semaines. Les petites fleurs blanches et roses sont toutes tombées, et voici les mûres qui paraissent toutes petites et vertes. Je les étale tout le jour au soleil et, la nuit, je recueille la rosée; lentement elles mûrissent, elles deviennent grosses; d'abord rouges et dures, puis toutes noires, brillantes et délicieuses! Je les garde pour le petit garçon qui vient en dansant les chercher. II les cueille et les met dans sa petite main, et puis, il court vers sa maman, en disant : Vois ce que le patient buisson de ronce a fait mûrir pour moi! Goûte comme elles sont bonnes, maman!
L'automne.
« Ah! alors je suis content et si je pouvais parler, je dirais : Oui, cher petit, prends-les. Je les ai fait mûrir au soleil et à la pluie; et je remue la tête avec satisfaction, car mon travail est fini. De la fenêtre, le petit enfant me regarde et pense
«- Voilà le buisson de ronces qui a été si bon pour moi ! Je le vois et je l'aime. Je sais qu'il est tranquille là dehors, tout seul, et que l'année prochaine il me donnera encore de belles mûres noires et sucrées!
Alors le petit garçon sourit, et dit qu'il aimait cette histoire. Sa maman le prit dans ses bras et l'emporta à la salle à manger pour dîner, et le vieux buisson de ronce, resta tout seul dehors, disant bonjour, bonjour, à tous les passants, et sans doute il y est encore.
D'après CELIA THAXTER, Stories and Poems for children.





L'Heureuse Famille.
Conte d'Andersen

La plus grande feuille dans ce pays est certainement la feuille de bardane. Si on la tient devant son petit estomac, on croit avoir un véritable tablier et si, les jours de pluie, on la pose sur sa tête, elle vaut presque un parapluie, tant elle est immense. Jamais une bardane ne pousse isolée ; où il y en a une, il y en a beaucoup d'autres et c'est une nourriture véritablement délicieuse pour les escargots. Je parle des grands escargots blancs que les gens distingués faisaient autrefois préparer en fricassée.
Il y avait un vieux château où l'on ne mangeait plus d'escargots, ils avaient presque disparu, mais la bardane, elle, était plus vivace que jamais, elle envahissait les allées et les plates-bandes ; on ne pouvait en venir à bout, c'était une vraie forêt. De-ci, de-là s'élevait un prunier ou un pommier, sans lesquels on n'aurait jamais cru que ceci avait été un jardin. Tout était bardane ... et là-dedans vivaient les deux derniers et très vieux escargots.
Ils ne savaient pas eux-mêmes quel âge ils pouvaient avoir, mais ils se souvenaient qu'ils avaient été très nombreux, qu'ils étaient d'une espèce venue de l'étranger, et que c'est pour eux que toute la forêt avait été plantée. Ils n'en étaient jamais sortis, mais ils savaient qu'il y avait dans le monde quelque chose qui s'appelait " le château ", où l'on était apporté pour être cuit, ce qui avait pour effet de vous faire devenir tout noir, puis on était posé sur un plat d'argent, sans que l'on puisse savoir ce qui arrivait par la suite. Etre cuit, devenir tout noir et couché sur un plat d'argent, ils ne s'imaginaient pas ce que cela pouvait être, mais ce devait être très agréable et supérieurement distingué.
Ni la taupe, ni le crapaud, ni le ver de terre interrogés, ne pouvaient donner là-dessus le moindre renseignement, aucun d'eux n'avait été cuit.
Les vieux escargots blancs savaient qu'ils étaient les plus nobles de tous, la forêt existait à leur usage unique et le château était là afin qu'ils puissent être cuits et mis sur un plat d'argent.
Ils vivaient très solitaires, mais heureux et comme ils n'avaient pas d'enfants, ils avaient recueilli un petit colimaçon tout ordinaire, qu'ils élevaient comme s'il était leur propre fils. Le petit ne grandissait guère parce qu'il était d'une espèce très vulgaire.
Un jour, une forte pluie tomba.
- Ecoutez comme ça tape sur les feuilles de bardane ! dit le père.
- Et les gouttes transpercent tout, dit la mère. Il y en a qui descendent même le long des tiges. Tout va être mouillé. Quelle chance d'avoir chacun une bonne maison et le petit aussi. On a fait plus pour nous que pour toutes les autres créatures, on voit bien que nous sommes les maîtres du monde ! Dès notre naissance, nous avons notre propre maison et la forêt de bardanes semée pour notre usage. Je me demande ce qu'il y a au-delà.
- Il n'y a rien au-delà, dit le père. Nulle part, on pourrait être mieux que chez nous et je n'ai rien à désirer.
- Si, dit la mère, je voudrais être portée au château, être cuite et mise sur un plat d'argent. Tous nos ancêtres l'ont été et, crois-moi, ce doit être quelque chose d'extraordinaire.
- Le château est sans doute écroulé, dit le père, ou bien la forêt a poussé par-dessus, et les hommes n'ont plus pu en sortir. Du reste, il n'y a rien d'urgent à le savoir. Mais tu es toujours si agitée et le petit commence à l'être aussi - ne grimpe-t-il pas depuis trois jours le long de cette tige ? - Ne le gronde pas, dit la mère, il grimpe si prudemment ; tu verras, nous en aurons de la satisfaction, et nous autres vieux n'avons pas d'autre raison d'exister. Mais une chose me préoccupe : comment lui trouver une femme ? Crois-tu que, au loin dans la forêt, on trouverait encore une jeune fille de notre race ?
- Oh ! des limaces noires, ça je crois qu'il y en a encore, mais sans coquille et vulgaires ! Et avec ça, elles ont des prétentions. Nous pourrions en parler aux fourmis qui courent de tous les côtés, comme si elles avaient quelque chose à faire. Peut-être qu'elles connaîtraient une femme pour notre petit ?
- Je connais la plus belle des belles, dit la fourmi, mais je crains qu'elle ne fasse pas l'affaire ; c'est une reine !
- Qu'est-ce que ça fait, dit le père, a-t-elle une «maison »?
- Un château qu'elle a, dit la fourmi, un merveilleux château de fourmis, avec sept cents couloirs.
- Merci bien, dit la mère, notre fils n'ira pas dans une fourmilière. Si vous n'avez rien de mieux à nous offrir, nous nous adresserons aux moustiques blancs ; ils volent de tous côtés sous la pluie et dans le soleil et connaissent la forêt.
- Nous avons une femme pour lui, susurrèrent les moustiques. A cent pas humains d'ici se tient, sur un groseillier, une petite fille escargot à coquille qui est là toute seule et en âge de se marier.
- Qu'elle vienne vers lui, dit le père ; il possède une forêt de bardanes, elle n'a qu'un simple buisson ...
Alors les moustiques allèrent chercher la petite jeune fille escargot. On l'attendit huit jours, ce qui prouve qu'elle était bien de leur race.
Ensuite, la noce eut lieu. Six vers luisants étincelèrent de leur mieux. Du reste, tout se passa très calmement, le vieux ménage escargots ne supportant ni la bombance, ni le chahut. Maman escargot tint un émouvant discours - le père était trop ému -, et c'est toute la forêt de bardanes que le jeune ménage reçut en dot, les parents disant, comme ils l'avaient toujours dit, que c'était là ce qu'il y avait de meilleur au monde, et que si les jeunes vivaient dans l'honnêteté et la droiture et se multipliaient, eux et leurs enfants auraient un jour l'honneur d'être portés au château, cuits et mis sur un plat d'argent.
Après ce discours, les vieux rentrèrent dans leur coquille et n'en sortirent plus jamais. Ils dormaient. Le jeune couple régna sur la forêt et eut une grande descendance, mais ils ne furent jamais cuits et ils n'eurent jamais l'honneur du plat d'argent. Ils en conclurent que le château s'était écroulé, que tous les hommes sur la terre étaient morts.
La pluie battait sur les feuilles de bardane pour leur offrir un concert de tambours, le soleil brillait afin de donner une belle couleur aux feuilles de bardane.
Ils en étaient très heureux, oui, toute la famille vivait heureuse.


L'Heureuse Famille.
Conte d'Andersen

La plus grande feuille dans ce pays est certainement la feuille de bardane. Si on la tient devant son petit estomac, on croit avoir un véritable tablier et si, les jours de pluie, on la pose sur sa tête, elle vaut presque un parapluie, tant elle est immense. Jamais une bardane ne pousse isolée ; où il y en a une, il y en a beaucoup d'autres et c'est une nourriture véritablement délicieuse pour les escargots. Je parle des grands escargots blancs que les gens distingués faisaient autrefois préparer en fricassée.
Il y avait un vieux château où l'on ne mangeait plus d'escargots, ils avaient presque disparu, mais la bardane, elle, était plus vivace que jamais, elle envahissait les allées et les plates-bandes ; on ne pouvait en venir à bout, c'était une vraie forêt. De-ci, de-là s'élevait un prunier ou un pommier, sans lesquels on n'aurait jamais cru que ceci avait été un jardin. Tout était bardane ... et là-dedans vivaient les deux derniers et très vieux escargots.
Ils ne savaient pas eux-mêmes quel âge ils pouvaient avoir, mais ils se souvenaient qu'ils avaient été très nombreux, qu'ils étaient d'une espèce venue de l'étranger, et que c'est pour eux que toute la forêt avait été plantée. Ils n'en étaient jamais sortis, mais ils savaient qu'il y avait dans le monde quelque chose qui s'appelait " le château ", où l'on était apporté pour être cuit, ce qui avait pour effet de vous faire devenir tout noir, puis on était posé sur un plat d'argent, sans que l'on puisse savoir ce qui arrivait par la suite. Etre cuit, devenir tout noir et couché sur un plat d'argent, ils ne s'imaginaient pas ce que cela pouvait être, mais ce devait être très agréable et supérieurement distingué.
Ni la taupe, ni le crapaud, ni le ver de terre interrogés, ne pouvaient donner là-dessus le moindre renseignement, aucun d'eux n'avait été cuit.
Les vieux escargots blancs savaient qu'ils étaient les plus nobles de tous, la forêt existait à leur usage unique et le château était là afin qu'ils puissent être cuits et mis sur un plat d'argent.
Ils vivaient très solitaires, mais heureux et comme ils n'avaient pas d'enfants, ils avaient recueilli un petit colimaçon tout ordinaire, qu'ils élevaient comme s'il était leur propre fils. Le petit ne grandissait guère parce qu'il était d'une espèce très vulgaire.
Un jour, une forte pluie tomba.
- Ecoutez comme ça tape sur les feuilles de bardane ! dit le père.
- Et les gouttes transpercent tout, dit la mère. Il y en a qui descendent même le long des tiges. Tout va être mouillé. Quelle chance d'avoir chacun une bonne maison et le petit aussi. On a fait plus pour nous que pour toutes les autres créatures, on voit bien que nous sommes les maîtres du monde ! Dès notre naissance, nous avons notre propre maison et la forêt de bardanes semée pour notre usage. Je me demande ce qu'il y a au-delà.
- Il n'y a rien au-delà, dit le père. Nulle part, on pourrait être mieux que chez nous et je n'ai rien à désirer.
- Si, dit la mère, je voudrais être portée au château, être cuite et mise sur un plat d'argent. Tous nos ancêtres l'ont été et, crois-moi, ce doit être quelque chose d'extraordinaire.
- Le château est sans doute écroulé, dit le père, ou bien la forêt a poussé par-dessus, et les hommes n'ont plus pu en sortir. Du reste, il n'y a rien d'urgent à le savoir. Mais tu es toujours si agitée et le petit commence à l'être aussi - ne grimpe-t-il pas depuis trois jours le long de cette tige ? - Ne le gronde pas, dit la mère, il grimpe si prudemment ; tu verras, nous en aurons de la satisfaction, et nous autres vieux n'avons pas d'autre raison d'exister. Mais une chose me préoccupe : comment lui trouver une femme ? Crois-tu que, au loin dans la forêt, on trouverait encore une jeune fille de notre race ?
- Oh ! des limaces noires, ça je crois qu'il y en a encore, mais sans coquille et vulgaires ! Et avec ça, elles ont des prétentions. Nous pourrions en parler aux fourmis qui courent de tous les côtés, comme si elles avaient quelque chose à faire. Peut-être qu'elles connaîtraient une femme pour notre petit ?
- Je connais la plus belle des belles, dit la fourmi, mais je crains qu'elle ne fasse pas l'affaire ; c'est une reine !
- Qu'est-ce que ça fait, dit le père, a-t-elle une «maison »?
- Un château qu'elle a, dit la fourmi, un merveilleux château de fourmis, avec sept cents couloirs.
- Merci bien, dit la mère, notre fils n'ira pas dans une fourmilière. Si vous n'avez rien de mieux à nous offrir, nous nous adresserons aux moustiques blancs ; ils volent de tous côtés sous la pluie et dans le soleil et connaissent la forêt.
- Nous avons une femme pour lui, susurrèrent les moustiques. A cent pas humains d'ici se tient, sur un groseillier, une petite fille escargot à coquille qui est là toute seule et en âge de se marier.
- Qu'elle vienne vers lui, dit le père ; il possède une forêt de bardanes, elle n'a qu'un simple buisson ...
Alors les moustiques allèrent chercher la petite jeune fille escargot. On l'attendit huit jours, ce qui prouve qu'elle était bien de leur race.
Ensuite, la noce eut lieu. Six vers luisants étincelèrent de leur mieux. Du reste, tout se passa très calmement, le vieux ménage escargots ne supportant ni la bombance, ni le chahut. Maman escargot tint un émouvant discours - le père était trop ému -, et c'est toute la forêt de bardanes que le jeune ménage reçut en dot, les parents disant, comme ils l'avaient toujours dit, que c'était là ce qu'il y avait de meilleur au monde, et que si les jeunes vivaient dans l'honnêteté et la droiture et se multipliaient, eux et leurs enfants auraient un jour l'honneur d'être portés au château, cuits et mis sur un plat d'argent.
Après ce discours, les vieux rentrèrent dans leur coquille et n'en sortirent plus jamais. Ils dormaient. Le jeune couple régna sur la forêt et eut une grande descendance, mais ils ne furent jamais cuits et ils n'eurent jamais l'honneur du plat d'argent. Ils en conclurent que le château s'était écroulé, que tous les hommes sur la terre étaient morts.
La pluie battait sur les feuilles de bardane pour leur offrir un concert de tambours, le soleil brillait afin de donner une belle couleur aux feuilles de bardane.
Ils en étaient très heureux, oui, toute la famille vivait heureuse.



Conte d’Allemagne
Il y était une fois un pauvre garçon qui chaque jour devait garder les cochons. Chaque matin, il les menait dans la forêt toute proche, afin de les engraisser avec les faines des hêtres et les glands des chênes. Il grandissait et se trouvait proche de ses dix-huit ans quand un matin, alors qu’il s’était aventuré un peu plus loin qu’à l’ordinaire, il se trouva au pied d’un grand arbre. Il était si haut que ses branches se perdaient dans les nuages. " Mais qu'est-ce que cet arbre ? Se demanda-t-il. Comme j’aimerais voir le monde depuis le haut de sa cime ! Essayons ! " Il entreprit donc de grimper. Il grimpa et grimpa encore le long du tronc de l’arbre. Il grimpait encore lorsque midi sonna au clocher de la vieille église ; il grimpait toujours lorsque le soleil se coucha sur la plaine. Il grimpait toujours et n’était encore parvenu qu’aux premières branches lorsqu’il fit tout à fait noir. Heureusement, il était parvenu à une fourche et il résolut de passer la nuit dans ce nid de fortune attaché par les lanières de son fouet afin de ne pas tomber.
Lorsqu’il se réveilla au matin, il recommença son ascension. A midi, il était parvenu à une certaine hauteur dans le branchage sans pour autant voir le sommet de l’arbre. Il grimpait toujours lorsque le soir descendit doucement. L’arbre se déployait en une infinité de branches et ne semblait pas vouloir se terminer. Il s’apprêtait à passer une nuit encore lié par les lanières de son fouet lorsqu’il découvrit un village disposé dans la frondaison de l’arbre.
- D'où viens-tu ? lui demandèrent les paysans, fort surpris à sa vue.
- Je viens d’en bas, répondit le garçon.
- Tu as donc fait un bien long voyage ! dirent les paysans. Reste chez nous, nous trouverons à t’employer.
- L'arbre prend-il fin ici ? demanda le garçon.
- Oh non, le sommet est encore un bon bout plus haut.
- Je ne peux donc pas rester chez vous. Mais j’aimerais manger quelque chose. J’ai tellement faim et je suis si las. Pourrais-je passer la nuit ici ? Demain, je repartirai.
Les paysans lui donnèrent à manger et à boire et le laissèrent dormir chez eux. Au matin, il remercia pour leur bon accueil et il se remit en route le long du tronc.
Le soleil était déjà très haut dans le ciel quand il parvint à un immense château. A l’une des fenêtres, se tenait une superbe jeune fille. Celle-ci paru fort réjouie lorsqu’elle le vit et elle l’invita à venir demeurer chez elle.
- L'arbre prend-il fin ici ? demanda le garçon.
- Oh non, le sommet est encore un bon bout plus haut mais tu ne peux aller plus haut. Je t’en prie, implora-t-elle, reste auprès de moi.
- Que fais-tu ici toute seule ? demanda le garçon.
- Je suis la fille d’un roi mais un enchanteur m’a enfermée ici pour que j’y vive et que j’y meure.
Et elle éclata en gros sanglots.
Le garçon paru ému par les pleurs de la princesse.
- Je veux bien passer un peu de temps auprès de toi et qui sait, peut-être pourrais-je t’aider.
Le garçon pénétra dans le château et comme la fille était belle et gracieuse, elle lui plut chaque jour un peu plus. Il resta à ses côtés, un jour, deux jours, trois jours, une semaine… et le temps s’évanouit pour lui. Ses moindres désirs étaient comblés sans même qu’il ait le besoin d’en parler. Il ne vit jamais l’enchanteur et il vivait heureux dans l’arbre auprès de la princesse.
Tout aurait été pour le mieux si la princesse ne lui avait défendu de pénétrer dans une pièce du château, une chambre située à l’extrême Nord.
Si tu y pénètres, lui avait-elle dit, tu nous rendrais malheureux l’un et l’autre…
Il avait obéi pendant un certain temps mais l’idée d’y aller se faisait un peu plus insistante.
Qu’est-ce que cela peut bien signifier ? Quelle est cette chose qui pourrait nous rendre malheureux ? Je veux le savoir.
Un jour que la princesse était dans sa chambre occupée à broder, il prit les clés suspendues dans la grande salle et s’en alla vers la chambre interdite. Il chercha longtemps la bonne clé et finalement, la lourde porte s’ouvrit. A l’intérieur, il n’y avait rien si ce n’est un corbeau noir fixé sur le mur par trois clous en or. L’un lui traversait le cou et les deux autres retenaient ses ailes.
- Ah ! Enfin te voilà ! Heureusement que tu t’es décidé à venir ! Je suis presque mort de soif ! Donne-moi un peu d’eau qui se trouve dans la cruche posée sur la table sans quoi je périrai !
Le jeune homme réfléchit mais son bon cœur se laissa attendrir. Il pensa qu’en pareille situation, il serait bien heureux qu’on lui donne un peu d’eau.
Il versa une goutte d’eau au corbeau dans le bec du corbeau. A peine avait-elle touché la langue de l’oiseau que le clou qui tenait son cou roula sur le sol.
- Qu’est-ce que cela ? demanda le garçon.
- Ce n’est rien répondit l’animal. Donne-moi encore une goutte. Ne me laisse pas mourir.
- Si tu le veux, dit le garçon qui versa une seconde goutte d’eau sur la langue de l’oiseau.
- Cette fois, c’est le clou qui tenait l’aile droite qui roula sur le sol.
- C’en est assez ! dit le garçon.
- Je t’en supplie. Sois bon avec moi ! Une seule goutte. Donne-moi une seule goutte et puis je te laisserai tranquille.
Lorsque le garçon la lui eut donnée, le troisième clou se détacha aussitôt. L’oiseau, libéré de ses liens, étendit les ailes et s’envola par la fenêtre en croassant.
Le garçon, fort effrayé, courut rapidement hors de la chambre dont il referma à clé la lourde porte. Pourvu que la princesse ne s’en aperçoive pas, se dit-il tout bas. Hélas ! la princesse s’en était aperçue. Au moment où il pénétrait dans la salle où elle se trouvait, elle se piqua au doigt et pâle et tremblante, elle le regarda entrer.
- Tu es allé dans la salle interdite, lui dit-elle. L’enchanteur qui m’a ensorcelé va bientôt arriver pour m’enlever et tu me retrouveras difficilement.
Elle se mit à pleurer et le garçon ne parvint pas à la consoler même lorsqu’il lui promit que où qu’elle soit par le monde, il la retrouverait.
Le lendemain à son réveil, la princesse avait disparu. Il resta durant trois jours et trois nuits à l’attendre mais las d’attendre, il se remit en route. Il grimpa et grimpa encore le long du tronc de l’arbre. Il avançait toujours plus haut dans le branchage jusqu’à ce qu’il soit parvenu à une forêt si dense et si sombre qu’aucun rayon de lumière ne réussissait à pénétrer. Il cherchait sa princesse sans découvrir aucune trace de son passage. Au bout du troisième jour, il aperçut enfin une clarté dans l’obscurité. Il la suivit et ce n’est que trois jours plus tard qu’il parvint dans une clairière où il trouva une petite cabane de chasse. Il y entra et découvrit sa princesse étendue sur son lit.
- Comment as-tu pu me retrouver, s’étonna-t-elle ?
- Ne t’avais-je pas promis de te retrouver où que tu sois dans le monde ? mais ne perdons pas de temps. Il faut fuir avant que l’enchanteur ne revienne te chercher.
Ils coururent à travers la forêt sans se retourner jusqu’à ce que la princesse, épuisée, demande grâce. Ils s’assirent au pied d’un grand chêne et la princesse posa sa tête sur les genoux de son compagnon et s’endormit. Il la contemplait, tout à son bonheur de l’avoir retrouvée lorsqu’il remarqua un petit sac en jute attaché à son cou. Il l’ouvrit et y découvrit une pierre merveilleuse tant par sa couleur que par sa forme. Il s’amusait à laisser des rayons de lumière la traverser, s’émerveillait de ses reflets et la posa finalement dans l’herbe.
Lorsqu’il voulut la reprendre, un corbeau l’avait saisie et voletait de branches en branches.
C’est encore un coup de l’enchanteur, pensa le jeune homme effrayé.
Il entreprit de la récupérer et jeta des pierres en direction de l’oiseau sans jamais l’atteindre. Le corbeau volait de branches en branches ; d’arbres en arbres poursuivi par le garçon. Finalement, il disparut et le garçon voulut revenir vers la princesse. Il ne retrouva jamais son chemin et s’égara plus profondément dans la forêt.
Il avait marché longtemps lorsqu’il rencontra un homme fort beau et richement vêtu. Il lui expliqua qu’il cherchait son amie et lui demanda s’il connaissait un grand chêne.
- Les arbres tel que celui que tu me décris sont nombreux dans la forêt. Viens plutôt avec moi, tu t’en trouveras bien et tu auras tout le temps pour réfléchir à ce qu'il te faut faire pour retrouver ta princesse.
Il suivit l’homme sans prendre attention au chemin qu’il suivait, perdu qu’il était dans ses pensées et ses remords. Mais tout cela ne changeait rien à son chagrin.
Ils arrivèrent bientôt près d’une belle maison blanche où onze jeunes garçons étaient assis autour d’une table richement couverte.
- Maintenant que vous êtes au complet, vous resterez toujours près de moi et vous aurez tout ce que vous désirerez mais au bout de l’année, il vous faudra résoudre les trois énigmes. Celui qui ne le pourra devra mourir alors que celui qui réussira recevra une bourse pleine d’or. Les onze jeunes gens se réjouirent mais le jeune homme se tut et pensa : "Que m’importe de mourir ! La vie ne m’est plus une joie. Mais qui sait si je résous les énigmes si je ne retrouverai pas ma princesse…"
La vie suivait son cours. Les onze jeunes gens vivaient joyeusement alors que le douzième restait silencieux dans son coin, rêvant de sa princesse perdue.
Lorsqu’elle s’était réveillée, la princesse avait bien deviné que l’enchanteur lui avait encore joué un tour. Elle se mit donc en route courageusement dans la forêt et atteint après des jours de marche un petit village où elle se fit construire une petite auberge. Elle fit une belle enseigne où l'on pouvait lire "ici, on reçoit gratuitement ceux qui sont malades, tristes et sans secours " car elle pensait que son bien aimé, reviendrait peut-être un jour, malade et désespéré.
L’année avait passé fort vite sans que les onze garçons de la belle maison n’aient songé aux trois énigmes. Le douzième, au contraire, y pensait de plus en plus.
Un soir, qu’il se sentait anxieux et tourmenté, il s’en alla dans la forêt et s’étendit sous un arbre. Il entendit des oiseaux atterrir sur la cime et il reconnut la voix de son maître qui, il lui sembla était aussi celle du corbeau auquel il avait jadis donné à boire. Il se tint immobile et écouta.
- Demain, dit la voix, nous tuerons douze jeunes garçons dont celui qui a voulu ravir ma princesse. Celle-ci vit seule et triste à mourir mais elle va être mienne pour toujours.
- Comment peux-tu en être si certain ? croassa une autre voix.
- Demain, ils devront résoudre trois énigmes dont ils ne connaissent pas les réponses.
- Croa, croa, croa ! Et que sont ces énigmes ? croassa la troisième voix.
- Ce sont trois toutes petites questions : De quoi est faite la maison ? D’où vient la nourriture ? Pourquoi ne fait-il jamais nuit à l’intérieur de la maison ?
- Croa, croa, croa ! Et quelles sont les réponses ? croassa la seconde voix.
- La maison est faite avec des os d’hommes pécheurs. La nourriture vient de la cuisine du diable et la lumière vient de la pierre que j’ai volé au jeune garçon et qui est suspendue dans la grande salle.
- Croa, croa, croa ! Tous les trois s’envolèrent.
Pour la première fois depuis un an, le garçon passa une excellente nuit.
Le lendemain, le maître appela les douze garçons et leur demanda de se mettre en file, les uns derrière les autres. Il s’installèrent et le jeune homme se plaça le dernier.
- Voici arrivé le jour des énigmes. Répondez-moi les uns après les autres. De quoi est faite la maison ? interrogea le maître.
-De glaise, dit le premier ; de bois dit le second ; de pierres dit le troisième ; de briques dit le quatrième ; de boue dit le cinquième ; de torchis dit le sixième ; de paille dit le septième ; de verre dit le huitième ; de fer dit le neuvième ; de cailloux dit le dixième ; de carton dit le onzième ; d’os d’hommes pécheurs dit le dernier.
- Tu as deviné juste mais passons à la seconde énigme.
- D’où provient la nourriture que vous manger ?
- De la cuisine, dit le premier ; de la forêt dit le second ; de la gargote dit le troisième ; de la voisine dit le quatrième ; des animaux dit le cinquième ; du jardin dit le sixième ; du marché dit le septième ; des arbres dit le huitième ; des racines dit le neuvième ; de la mer dit le dixième ; du ciel dit le onzième ; de la cuisine du diable dit le dernier.
- Tu as deviné juste mais passons à la troisième énigme.
- D’où vient la lumière qui éclaire si vivement la maison jusque dans la nuit ?
- D’une lampe, dit le premier ; du soleil dit le second ; de la lune dit le troisième ; des étoiles dit le quatrième ; du feu dit le cinquième ; de la terre dit le sixième ; de la forge dit le septième ; d’une bougie dit le huitième ; de la foudre dit le neuvième ; de la mer dit le dixième ; du ciel dit le onzième ; de la pierre que tu m’as volée et qui se trouve au plafond dit le dernier.
- Tu as deviné juste. Voici la bourse qui ne s’épuise jamais et il trancha la tête aux onze autres compagnons du jeune homme qui dans l'intervalle s’était précipité dans la grande salle et avait récupéré la pierre de la princesse. Il s'était remis en route, toujours plus haut dans l’arbre, sans grand espoir pourtant de revoir la princesse.
Il errait las, misérable, malheureux lorsqu’il se présenta devant l’auberge construite par la princesse. Il lut l’enseigne mais il avait bien les moyens de payer son gîte grâce à la bourse qui ne se vide jamais. Il entra et fut accueilli par la princesse. Ils ne se reconnurent cependant pas tant les années les avaient changés l’un et l’autre. Une servante le conduisit vers sa chambre et voulut lui faire de la lumière.
- Ce n’est pas la peine, déclara-t-il et il tira de sa poche la pierre lumineuse qui éclaira toute la pièce.
La servante se précipita chez sa maîtresse pour lui raconter le prodige. La princesse très intéressée se rendit auprès de son hôte et lui demanda d’où provenait cette pierre. La question à peine posée, ils se reconnurent à la lumière magique.
Après que la princesse l’eut bien soigné, ils eurent tous deux le désir de retourner dans leur patrie et entreprirent la longue descente vers la terre. Lorsqu’ils furent arrivés tout en bas, ils ne se retrouvèrent rien de paysages qu’ils avaient laissés. Aux champs avaient fait place des gratte-ciel et des autoroutes. Personne ne les reconnut. Leurs parents étaient morts depuis longtemps. Ils se rendirent compte qu’eux aussi étaient devenus bien vieux. Ils tombèrent en poussière et personne ne put jamais expliquer qui ils étaient et d’où ils venaient. A côté du petit tas de cendre, on retrouva la pierre brillante qu’un enfant emporta et personne n’en entendit plus jamais parler.







L'arbre qui chantait
Il y a très, très longtemps, un vieux sorcier entreprit un long voyage.
Un jour qu'il avait tant et tant marché qu'il ne sentait plus ses pieds, il décida de chercher un endroit pour se reposer.
C'est alors qu'il entendit soudain chanter. Ce n'était pas un chant comme celui des oiseaux, ni comme celui du vent à travers les feuilles, mais une voix claire, qui prononçait des mots qu'il ne comprenait point.
Poursuivant son chemin, il arriva dans une clairière. Juste au centre, se dressait un arbre majestueux, dont les feuilles brillaient au soleil. On eût dit qu'il était en or!
Alors, le sorcier entendit à nouveau le chant, mais, cette fois, plus fort que précédemment. Regardant tout autour de lui, il ne vit personne. Il n'y avait là que les branches dorées de l'arbre, plus quelques souris grises qui couraient dans l'herbe.
Le sorcier s'assit contre l'arbre pour souffler un peu. Il songea qu'il serait sage de piquer un petit somme avant de continuer sa route.
Mais le chant le tenait éveillé! Enervé, il regarda encore autour de lui, sans rien remarquer d'anormal.
"Il faut que je trouve ce chanteur! ", se dit-il. "J'aimerais bien qu'il se taise, pour que je puisse me reposer. "
Le vieux sorcier se leva et observa les alentours à travers le feuillage de l'arbre. Ce faisant, il posa ses mains sur le tronc et sentit l'écorce vibrer. Il comprit alors que le chant provenait de l'arbre lui-même!
-"Tiens ! Cela fait bien longtemps que je n'avais plus, entendu un arbre chanter!", grommela-t-il. "Mais, par chance, je connais encore le moyen de le faire cesser! "
Il sortit de la poche de son manteau long morceau de corde et le lança en l'air tout en marmonnant une formule. La corde se tortilla quelque peu, puis s'enroula deux fois autour du tronc. Le sorcier prononça ensuite d'autres mots magiques, puis il termina en faisant un gros nœud dans la corde. Aussitôt, le l'arbre d'or cessa de chanter.
-"Je vais enfin pouvoir me reposer", soupira le sorcier avant de s'allonger dans l'herbe.
Mais il découvrit alors des rubans de fumée, qui se dégageaient des racines de l'arbre. Peu à peu, la fumée s'épaissit, jusqu'à former un gros nuage gris, qui changea progressivement de couleur. Il devint d'abord gris foncé, et puis noir.
Tout à coup... il se mit à tournoyer sur lui-même et se transforma en un hideux génie aux longues oreilles, avec un gros nez bourgeonnant de verrues, des bras démesurés et des mains larges des pelles!
-"Hahaha! Hihihi! ", ricana le génie. "Quel stupide sorcier tu es! Il y a des années, un de tes confrères m'a enfermé dans cet arbre. Mais maintenant que tu lui as cloué le bec, je suis libre! Et j'ai fort envie de te dévorer! "
Ce disant, le génie saisit le vieux sorcier par la barbe.
Heureusement, ce dernier savait que les esprits des bois sont toujours idiots! Et celui-là semblait encore plus bête que les autres...
-"Vas-tu me faire mijoter ou rôtir?", demanda-t-il au génie. "Tu sais que les vieux sorciers ne se mangent pas crus. Tu aurais des crampes d'estomac! "
L'affreux génie réfléchit quelques instants.
"Je vais faire un grand feu et t'attacher à une branche. Ensuite, je te ferai rôtir au-dessus des flammes", déclara-t-il, tout content.
-"Mais je vais m'enfuir pendant que tu allumeras le feu", insinua le sorcier.
-"C'est vrai ... ", admit le génie. "Je vais... euh ... je vais ... "
-"Pourquoi ne me ligotes-tu pas? ", suggéra le sorcier. "Ainsi, je serai incapable de fuir. "
-"Très bonne idée! ", s'exclama le génie. "Mais à quoi donc vais-je t'attacher? "
-"A cet arbre, bien sûr! ", répondit le sorcier. "Utilise donc la corde que j'avais enroulée autour du tronc pour le faire taire! "
Convaincu, l'esprit des bois alla détacher la corde.
Il commença par défaire le nœud... tout comme le sorcier l'avait espéré. En effet, dès que la corde eut été dénouée, l'enchantement se trouva rompu!
L'arbre se remit à chanter et le génie, de violet qu'il était, vira au mauve foncé. Puis, très lentement, il se transforma en fumée noire, puis en fumée grise, pour disparaître enfin en minces rubans de vapeur blanche.
Le sorcier remit alors la corde dans la poche de son large manteau. Avant de se remettre en route, il prononça quelques mots magiques et ni bête ni homme -pas même un sorcier - ne revit jamais le génie des bois.



Le grand-père qui faisait fleurir les arbres
Il y a bien longtemps, dans un tout petit village, vivaient un très vieil homme et sa femme. Ils n'avaient jamais pu avoir d'enfant et avaient adopté un petit chien qu'ils aimaient tendrement. Celui-ci, reconnaissant et fidèle, ne s'éloignait jamais d'eux et les suivait partout où ils allaient qu'ils travaillent dans leur jardin ou dans leur petit champ à la sortie du village.
Un jour que le vieux travaillait dans son jardin, il remarqua que le chien flairait et grattait en un certain endroit du gazon sous un vieux pin. Aussitôt, il arrêta sa pioche, et regarda. Le chien s'élança bientôt vers lui en aboyant de toutes ses forces et retourna au même endroit où il gratta avec ardeur. Il s'agita tellement que le vieil homme prit sa pioche et s'approcha du chien qui se mit à aboyer très fort. Le vieux donna quelques coups de pioche. Au bout d'un moment, il entendit un son clair et vit un coffre doré. Le vieux l'ouvrit et vit un riche trésor de pièces brillantes en or. Le vieux, appela sa femme qui l'aida à dégager le coffre et tous deux l'emportèrent à la maison. En un instant, grâce à leur petit chien, les deux vieux étaient devenus riches. Pour remercier l'animal, ils lui donnèrent à manger ce qu'ils pouvaient trouver de mieux et firent de sa couche un lit de prince tant elle était moelleuse.
Mais les nouvelles se propagent vite et dans le petit village, l'histoire de la découverte du trésor se répandit comme une traînée de poudre. Un de leurs voisins en perdit même le sommeil de jalousie. Il pensait sans cesse au bonheur des vieux et à leur fortune. Il se persuada que leur petit chien avait un don pour découvrir les trésors enfouis et il se rendit chez ses voisins afin qu'ils lui prêtent leur animal pour quelques jours.
- "Nous aimons tellement notre chien que nous ne saurions nous séparer de lui, pas même une heure", lui dit le vieillard.
Mais l'envieux ne se lassa pas. Chaque jour, il revenait avec la même demande, et comme les deux vieux étaient bons et qu'ils ne pouvaient refuser quoi que ce soit à un homme, ils finirent par prêter leur chien à leur voisin.
De retour chez lui, le voisin mena le chien dans son jardin. Aussitôt, il s'arrêta, flaira le sol et se mit à gratter. Le voisin accourut suivi de sa femme qui portait une pioche. Ils creusèrent la terre et trouvèrent un grand tas d'ordures puantes et de vieux os. L'homme fut rempli d'une violente colère. Il leva sa pioche avec rage et tua le petit chien.
Le méchant homme courut en geignant chez ses bons voisins et d'une petite voix leur dit:
-"Quel malheur! Votre petit chien est mort brusquement en arrivant dans mon jardin. Personne ne sait comment cela est arrivé. Je n'en suis pas responsable, et je vous en ai porté la nouvelle aussitôt, pour que vous puissiez l'ensevelir."
Avec beaucoup de tristesse, les deux vieux portèrent leur petit chien à l'endroit où il avait trouvé le trésor, et l'y ensevelirent sous le vieux pin. Ils pleurèrent car maintenant, ils n'avaient plus personne à aimer.
Cependant, une nuit, pendant que le vieillard dormait, son chien lui apparut en rêve et lui dit: -"Coupe l'arbre sous lequel je suis enseveli, et fais-en un mortier à riz. Cela te consolera."
Dès le matin, le vieillard raconta son rêve à sa femme. Celle-ci lui conseilla de suivre les instructions du chien. Il avait toujours été bon pour eux, son message ne pouvait être qu'un bon message. Le vieux coupa l'arbre et de son tronc, il fit un grand et beau mortier.
Le temps de la récolte du riz était arrivé. Le vieillard prit son nouveau mortier et y entassa les grains. Ceux-ci commencèrent à pousser mais au lieu de grains, il en sortit une quantité de pièces brillantes en or. Les deux vieux se réjouirent de tout leur cœur.
Mais les nouvelles se propagent vite et dans le petit village, l'histoire du mortier se répandit comme une traînée de poudre. Le voisin envieux en perdit le sommeil de jalousie. Il pensait sans cesse au bonheur des vieux et à leur fortune. Il retourna chez ses voisins et leur demanda de lui prêter leur mortier à riz.
- "Nous aimons tellement notre mortier que nous ne saurions nous séparer de lui, pas même une heure", lui dit le vieillard.
Mais l'envieux ne se lassa pas. Chaque jour, il revenait avec la même demande, et comme les deux vieux étaient bons et qu'ils ne pouvaient refuser quoi que ce soit à un homme, ils finirent par prêter leur mortier à leur voisin.
De retour chez lui, le voisin se mit vite à éplucher des grains de riz. Aidé de sa femme, il en amena des ballots entiers car il comptait bien faire une riche récolte de pièces d'or. Mais, cette fois encore, son avidité fut durement châtiée. Au lieu de pièces d'or, il n'en sortit que d'affreuses ordures puantes et de vieux os. L'homme fut rempli d'une violente colère. Il prit un marteau et avec rage et brisa le mortier en petits morceaux qu'il brûla.
Le méchant homme courut en geignant chez ses voisins et d'une petite voix leur dit:
-"Quel malheur! Votre mortier s'est mis à flamber sans raison. Personne ne sait comment cela est arrivé. Je n'en suis pas responsable, et je vous en ai porté la nouvelle aussitôt, pour que vous ne l'attendiez pas en retour."
Les bons vieux furent très peinés naturellement en apprenant ce qui était arrivé. Ils allèrent se coucher bien tristes. Une fois encore, le vieil homme vit son chien en rêve. Il le consola et lui dit d'aller chez son voisin et de lui prendre les cendres du mortier brûlé, de les emporter sur la grande route et, lorsque le roi passerait, de grimper sur les cerisiers encore dénudés et d'y répandre les cendres. Au passage du cortège royal, les cerisiers fleuriraient aussitôt, dans toute leur splendeur.
Le matin suivant, le vieillard alla chez son voisin et emporta les cendres de son mortier. Et comme le chien lui avait dit, il les mit dans un sac et s'en alla sur la grande route, là où les cerisiers étaient encore nus, car ce n'était pas encore la saison où les arbres se parent de leurs robes de fleurs multicolores et odorantes.
A peine arrivé, il vit venir sur la route, le roi et toute sa suite. Il grimpa bien vite sur un cerisier et au lieu de se jeter face contre terre comme le faisaient tous les sujets en signe de respect, il resta perché dans son arbre. Le roi, lorsqu'il l'aperçut, ordonna de saisir le vieux et de le châtier. Mais le vieillard, sans se laisser intimider, saisit les fines cendres de son sac et les répandit sur les arbres tout alentour. Aussitôt, tout fleurit et s'emplit de parfum enivrant. Le roi en fut si charmé et intrigué qu'il offrit de riches présents au vieillard et le fit venir dans son château pour l'honorer.
Mais les nouvelles se propagent vite et dans le petit village, l'histoire des cendres du mortier se répandit comme une traînée de poudre. Le voisin envieux en perdit le sommeil de jalousie. Il pensait sans cesse au bonheur des vieux et à leur fortune. Il ramassa les cendres du mortier qui restaient encore dans la cheminée, et se mit en route pour faire fleurir lui aussi les cerisiers en l'honneur du roi, puisque le vieillard en avait été tellement récompensé.
A peine arrivé, il vit venir sur la route, le roi et toute sa suite. Il grimpa bien vite sur un cerisier et au lieu de se jeter face contre terre comme le faisaient tous les sujets en signe de respect, il resta perché dans son arbre. Le roi, lorsqu'il l'aperçut, ordonna de saisir du voisin envieux afin de le châtier. Celui saisit les fines cendres de son sac et les répandit sur les arbres tout alentour. Aussitôt, d'affreuses ordures puantes et de vieux os volèrent au visage du roi et des hommes de sa suite et salirent leurs vêtements. Les gardes se saisirent du méchant homme et le rouèrent de coups. Ils le lièrent et le jetèrent en prison, où il resta de longues années.
Mais les nouvelles se propagent vite et dans le petit village, l'histoire du voisin envieux se répandit comme une traînée de poudre. Lorsqu'il fut enfin remis en liberté, personne ne voulut avoir affaire à lui et il mourut piteusement peu après.
Quant aux deux vieux, ils n'oublièrent jamais leur cher petit chien. Ils vécurent cependant heureux jusqu'à la fin de leur vie.


Le vieux qui faisait fleurir les arbres morts
Il était une fois, il y a fort longtemps, un couple déjà bien vieux qui vivait en compagnie de leur petit chien, une petite bête sans race mais affectueuse et ma foi, très jolie.
Un jour, le vieil homme décide de creuser la terre à l’endroit où leur chien gratte et il découvre un grande quantité d’or.
Le voisin, en apprenant la bonne fortune des deux vieux, leur demande leur chien. Il l’obtient mais le chien têtu refuse de gratter le sol. Il reçoit des coups de pieds, des coups de bâton tant et plus qu’il par gratter mais le voisin ne découvre qu’un vieil os et une paire de chaussures moisies. Fou de colère, il tue le chien et l’enterre sur le bord de la route, au pied d’un petit sapin.
Le temps passe ; le sapin pousse. Le sapin pousse et le temps passe.
Un jour, le bon vieillard décide d’abattre le sapin car il veut faire un mortier à riz.
Lorsqu’il y met de l’orge pour le piler ou toute autre graine, le mortier rend beaucoup plus que ce que le vieillard lui a donné.
Le voisin, en apprenant la bonne fortune des deux vieux, leur demande leur mortier mais dès qu’il s’en sert, le mortier tombe en poussière, mangé par les bêtes. Il le jette au feu et le brûle.
Le bon vieillard prend alors un peu de cendre de son mortier et la répand sur les arbres morts mais quel n’est pas son étonnement, ceux-ci se mettent à fleurir.
Le prince du pays apprend la chose et fait venir le vieillard à la cour. A la vue des fleurs qui poussent sur les arbres morts, il lui offre de l’or, de l’argent, des pièces de soie en grande quantité. Et à partir de ce moment, tout le monde l’appelle « le vieux qui fait fleurir les arbres morts ».
Le voisin, en apprenant la bonne fortune du vieux, se rend à sont tour chez le prince et tente de faire pousser des fleurs sur les arbres desséchés avec la cendre d’un mortier brûlé. Mais lorsqu’il prend une pincée de cendre et la répand devant le prince, celui-ci la reçoit dans les yeux et de rage, ordonne qu’on roue de coup le méchant vieillard qui ne s’échappe qu’à grand peine le corps meurtri et tout couvert de sang.
Sa femme qui le guette et le voit venir de loin se réjouit :
- « Mon vieux a été récompensé. Je le vois qui arrive avec des vêtements de pourpre »
Il arrive devant elle et elle s’aperçoit que les vêtements de pourpre ne sont rien d’autre que des vêtements tachés de sang.
Le méchant vieillard se met au lit et meurt en quelques heures.
Personne ne m’a dit que le gentil vieillard était mort.
Et s’il n’est pas mort ; c’est qu’il vit encore.



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