Conférence
:: Les 7 Paroles du Christ en Croix -
Nous sommes, tout d’abord, frappés du fait qu’il s’agisse de Sept Paroles ; ce chiffre "Sept" se retrouve d’une façon troublante dans toute la nature, non pas seulement dans le symbolisme exprimé par les hommes, mais aussi dans des manifestations étrangères à la participation de l’homme. En effet, les hommes n’y sont pour rien s’il y a sept couleurs dans l’arc-en-ciel, la lumière se différenciant en sept couleurs principales par réfraction au travers d’un prisme ; de même, les hommes n’ont aucune responsabilité dans le fait que le cycle de la lune est de quatre fois sept jours. D’autres exemples pourraient être cités pour illustrer l’apparition de ce chiffre dans les manifestations de la nature. Il se rencontre très souvent aussi bien dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau.
Par conséquent, il semble bien que le chiffre sept possède en lui une valeur ésotérique et mystique certaine. Aussi, ne sommes-nous pas étonnés que dans les Evangiles, on ait pu découvrir que le septénaire ait été utilisé d’une façon assez courante et que, justement, on ait remarqué que le Christ ait prononcé "Sept Paroles", alors qu’Il se trouvait attaché à la Croix. C’est une sorte de testament consigné dans ces dernières Paroles prononcées par Celui qui est venu pour nous sauver.
Nous tenons à signaler qu’en méditant sur ces « Sept paroles », nous ne faisons que continuer une tradition dont la source remonte très loin dans le temps. Ainsi, dans sa "Vie de Jésus", Charles de Foucauld médite longuement sur ce sujet sacré ; aux Editions du Soleil, il existe un ouvrage de Charles Journet entièrement consacré à cette étude et dont le titre est précisément "Les Sept Paroles du Christ en Croix" ; dans sa "Vie de Jésus", Fulton J. Sheen a écrit un chapitre spécial sur ces Sept Paroles et fait remarquer que les Saintes Ecritures n’ont conservé les dernières paroles que de trois autres personnages : Jacob (devenu Israël), Moïse et Etienne (page 550) ; si nous remontons plus loin dans le temps, nous verrons que Saint Pierre d’Alcantara (1499-1562), contemporain de Sainte Thérèse d’Avila, dans son Traité de l’Oraison et de la Méditation, intitule un de ses chapitres : "Le Crucifiement et les Sept Paroles" (page 86).
C’est cette insistance montrée par certains auteurs qui nous a incité à vous proposer cette méditation sur un tel sujet. Si les Evangélistes ont estimé devoir nous rapporter ces Sept Paroles, c’est qu’elles doivent avoir une certaine valeur, non seulement historique, mais surtout ésotérique, occulte et mystique. Nous pensons que l’on devrait y découvrir matière à méditation, en essayant d’examiner si ces Sept Paroles ne peuvent être écoutées par une oreille attentive à l’enseignement rosicrucien, dont les lumières peuvent éclairer d’un reflet spécial.
Souvenons-nous, tout d’abord, que le Christ a dit lui-même : "Les Paroles que je vous ai dites sont Esprit et Vie (Jean VI-69). Les Paroles prononcées sur la Croix doivent certainement révéler un sens important, d’autant plus qu’elles sont en petit nombre ; Sept Paroles de Vie au moment de mourir, pendant cette agonie affreuse. Oubliant Ses souffrances, maîtrisant cette lente asphyxie bloquant Ses poumons, Christ fait un effort surhumain pour prononcer Sept Paroles qui sont Esprit et Vie, Sept Paroles dont l’écho retentira longtemps, car Christ l’a affirmé : "Le ciel et la terre passeront, mais Mes Paroles ne passeront point" (Matthieu XXIV-35).
Non, elles ne passeront point, car nous les conserverons et ce sera là une preuve clé de notre Amour et de notre reconnaissance envers Celui qui est venu pour nous aider, car :
"Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons en lui, et nous ferons chez lui notre demeure" (Jean XIV-23).
Essayons donc de comprendre ensemble ces Sept Paroles que nous graverons dans notre cœur.
Première Parole : "Mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font"
(Luc XXIII-34)
Au lieu d’entendre des cris de douleur, des imprécations, comme le faisaient ordinairement les crucifiés et qu’attendaient peut-être les scribes et les pharisiens, nous entendons d’abord une parole de pardon.
C’est une magnifique Parole d’Amour et de Pardon s’adressant à toute l’humanité pécheresse, non pas seulement aux soldats qui n’ont été que les instruments actifs de la crucifixion. Eux, ces soldats, ils n’ont fait qu’obéir aux ordres qu’ils ont reçus ; aussi l’on pense immédiatement à la fameuse déclaration du Centurion qui ne voulait pas que le Christ vienne jusqu’à sa demeure, parce qu’il se jugeait indigne de le recevoir chez lui, "car, dit-il, moi qui suis soumis à des supérieurs, j’ai des soldats sous mes ordres ; et je dis à l’un : Va ! Et il va ; à. l’autre ; Viens ! Et il vient ; et à mon serviteur : Fais cela ! Et il le fait" (Matthieu VIII-9).
Par conséquent, il ne faut jamais oublier que le subordonné, l’employé, qui se conforme à une réglementation formellement établie, ne doit pas être tenu pour responsable des inconvénients provoqués par ces règlements parfois loin d’être parfaits. C’est donc aussi une leçon d’indulgence qui améliorerait sensiblement nos rapports les uns avec les autres, si nous savions discerner les degrés dans la responsabilité de chacun.
"Ils ne savent pas ce qu’ils font !", cela s’adresse également à ceux qui sont à l’origine de cette condamnation à mort, c’est-à-dire les scribes et les pharisiens, les sacrificateurs et les prêtres qui pressentaient la fin de leurs privilèges si Christ réussissait à faire prévaloir ses enseignements. Souvenez-vous de cette déclaration de Caïphe, le souverain sacrificateur : "Vous ne réfléchissez pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, et que notre nation ne périsse pas !" (Jean XI-50).
Ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient en ayant pris la résolution de le faire mourir (Jean XI-53), car ils croyaient mettre une fin définitive aux révélations du Christ ; ils étaient assurés que la mort de Celui qui se faisait passer pour le Messie terminerait cette aventure temporaire. Ils ne savaient pas qu’au contraire ils devenaient, pour ainsi dire, les instruments du destin, car le Précieux Sang versé permettait au Christ d’ensemencer la Terre et de mêler Son Corps du désir au Corps du désir de la Terre.
Ils n’ont pas su reconnaître qu’Il était réellement le Messie annoncé par les prophètes ; non pas un roi séculier régnant sur le peuple d’Israël et rétablissant le trône temporel de David, mais un Roi, dont la Royauté était effectivement le Royaume de Dieu, c’est-à-dire la Vie intérieure spirituelle.
Cette parole : "Père, pardonne leur, car ils ne savent ce qu’ils font !" doit être sans cesse sur nos lèvres, lorsque nous sommes blessés, chagrinés, peinés par nos frères en humanité, quand nous souffrons du fait d’autrui.
Acceptons notre souffrance, notre mortification. Non seulement pardonnons, mais aussi remercions, rendons grâces. Eux, ils ne savent pas, mais nous, nous savons que la Loi des Conséquences régit tous les événements et nous savons aussi que rien ne peut nous arriver que nous ne l’ayons mérité. Les événements qui nous touchent si douloureusement sont : ou des sanctions, ou des tentations, des épreuves, ce sont toujours des opportunités devant nous permettre une certaine purification, tout en nous fortifiant ; c’est un moyen de rachat de fautes passées ou une occasion d’affirmer notre décision de suivre la voie droite.
Et alors, à ce moment, mais à ce moment seulement, nous pourrons lever les yeux et les mains vers le ciel, vers le Père et dire avec foi : "Père, pardonnez-nous comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés !". "Comme", c’est-à-dire de la même manière, c’est-à-dire avec la même mesure, avec la même indulgence, avec la même pitié.
Remarquons bien comment Christ a commencé sa demande de pardon. Il a dit : "Père". Ce n’est pas à un juge qu’il s’adresse ; de même ce n’est pas à un juge que nous devons nous adresser lorsque nous élevons les mains vers le ciel, mais à un Père, un Père qui nous aime et qui aime pardonner comme tout père, lorsque son enfant fautif se repent et revient vers lui. Souvenez-vous de la parabole de l’Enfant prodigue (Luc XV-12) : c’est vraiment un Père éploré, mais de nouveau radieux qui ouvre ses bras pour accueillir son fils qu’il croyait avoir perdu ? On oublie souvent que nous réclamons à cor et à cri à Dieu ce que nous ne voulons pas accorder à nos frères. Nous désirons ardemment que l’on nous pardonne, mais nous ne savons pas pardonner aux autres.
Cette Parole du Christ en Croix nous fait penser aussi à celle qu’Etienne, le premier martyr, prononcera, en l’année 36 de notre ère, lorsqu’il sera lapidé, en présence de Saul qui approuvait ce meurtre, mais qui deviendra Paul quelque temps plus tard, après sa conversion sur le chemin de Damas.
Voici ce que nous rapportent les Actes des Apôtres au chapitre VII, verset 60 : "Puis, s’étant mis à genoux, Etienne s’écria d’une voix forte : Seigneur, ne leur impute pas ce péché !". C’est le même cri de pardon. Le lapidé rejoint effectivement le Crucifié dans un même acte d’amour.
Du haut de la Croix, Christ, par sa Première Parole, nous invite au véritable amour fraternel, à la véritable charité telle que nous la dépeindra plus tard Saint Paul dans sa première Epître aux Corinthiens, en son chapitre XIII, dont de nombreux extraits constituent une partie du Service du Temple que nous sommes invités à lire tous les soirs.
Cette notion de Pardon exprimée dans cette Première Parole du Christ en Croix, nous la trouvons dans un autre passage des Evangiles, en Matthieu XVIII-21 à 22. En effet, Pierre pose la question suivante au Maître : "Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois".
Par cette expression de soixante-dix fois sept fois, Christ veut indiquer un nombre à peu prés illimité. Déjà, dans la Genèse, nous avons trouvé une idée semblable, mais moins forte pourtant, Genèse IV-24 : Caïn sera vengé sept fois et Lamech soixante-dix-sept fois.
Vous voyez la progression : Caïn, sept fois; Lamech, soixante-dix-sept fois, c’est-à-dire que le pardon doit toujours être acquis. Qu’elle est donc loin la loi du talion qui ne connaissait pas le pardon !
Remarquez l’utilisation constante de ce chiffre Sept, avec le nombre dix exprimant la plénitude.
Oui, l’humanité ne sait pas et c’est pour cela qu’elle est dans les ténèbres, qu’elle erre dans la nuit sans savoir où elle va. Mais comme elle ne sait pas, elle pourra être pardonnée et pourra être sauvée un jour, car l’ignorance réclame une certaine indulgence que ne pourrait obtenir celui qui fait le mal avec la conscience qu’il fait le mal. Mais nous, qui avons le privilège d’entendre la Voix du Maître, nous qui savons, faisons en sorte que l’on reconnaisse, que l’on remarque cette Connaissance acquise en considérant notre amour pour notre prochain, notre indulgence envers celui qui nous blesse, notre tolérance pour celui qui est dans l’erreur : la Vérité ne les illumine pas, soyons pour eux un foyer de Lumière, que leurs yeux s’ouvrent comme ceux de l’aveugle-né se sont ouverts grâce au rayonnement merveilleux du Christ, La Lumière du monde !
Deuxième Parole : "Je te le dis en vérité, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis" (Luc XXIII-43)
Ce verset a donné lieu à deux interprétations différentes suivant la position de la virgule. En effet, le plus souvent on effectue la césure en unissant le mot "aujourd’hui" avec le deuxième membre de la phrase, ce qui donne la signification suivante :
"... tu seras aujourd’hui avec moi dans le paradis"
Toutes les traductions ne donnent pas la même version. Voici différents textes utiles à consulter :
- Segond : "Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis".
- Bible de Jérusalem et Bible du Cardinal Liénart : "En vérité, je te le dis dès aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis", en insistant sur le fait que ce sera dès aujourd’hui.
- Ostervald : "Je te le dis en vérité tu seras aujourd’hui avec moi dans le paradis".
- Bible anglaise : "Verily, I say Unto thee, to day shalt you be with me in paradise". C’est cette version qu’a du connaître Max Heindel.
- La Vulgate (Ch. Journet) : "Et dixit illi Jésus, Amen dico tibi, hodie mecum eris in paradisio", ce qui donne : "En vérité, je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis". Ce texte de la Vulgate a une certaine importance, car c’est ce texte qui a surtout inspiré les traducteurs.
Il y a lieu de signaler que le grec ne comporte aucune ponctuation, contrairement au latin qui est très précis. Par conséquent, la ponctuation a été ajoutée par les traducteurs. Or, le déplacement d’un signe de ponctuation change radicalement le sens d’une phrase.
Voici un exemple classique, en latin, que certains connaissent peut-être sans en savoir l’origine :
- PRO S0L0 PUNCTO CARUIT MARTINUS ASELLO :
Ce qui est traduit ordinairement par :
- Pour un point, Martin perdit son âne.
- En réalité, il ne s’agissait pas d’un âne, mais d’une Abbaye ; le vrai sens est : pour un point, l’abbé Martin perdit son Abbaye Asello.
Voici l’origine de cette sorte de maxime. L’abbé Martin avait voulu faire inscrire sur le portail de son monastère une devise pour aviser les voyageurs qu’ils y seraient bien accueillis, car autrefois il n’y avait pas d’hôtels ou d’auberges comme aujourd’hui et souvent les monastères recevaient les voyageurs et leur offraient le coucher pour la nuit. Les deux phrases de cette invitation charitable étaient les suivantes :
- PORTA PATENS ESTO . NULLI CLAUDARIS HONESTQ .
ce qui signifie :
- La porte reste ouverte (en permanence). Elle n’est fermée à aucun honnête homme.
Mais le peintre (ou le sculpteur) s’est trompé en plaçant son point de ponctuation, ce qui donnait le texte suivant :
- PORTA PATENS ESTO NULLI . CLAUDARIS HONESTO .
ce qui signifie alors :
- La porte est ouverte pour personne. Elle est fermée à tout honnête homme.
Il va sans dire que cette formule n’eut pas le don de plaire aux autorités ecclésiastiques qui s’empressèrent de débarquer l’abbé Martin, qui s’en alla méditer ailleurs sur le danger de ne pas mettre le point à la place convenable.
Pour notre verset de Luc, il en va à peu près de même. En effet, si l’on place la virgule à un autre endroit de la phrase, nous aurons :
"En vérité, je te le dis aujourd’hui, (virgule), tu seras avec moi au paradis", mais dans un sens indéterminé.
Ce qui nous incite à adopter cette solution plutôt que l’autre, car au jour de la résurrection, c’est-à-dire le dimanche suivant la crucifixion, le Christ a dit à Marie de Magdala s’approchant de lui :
"Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu" (Jean XX-17).
Le texte est clair : le matin de ce Dimanche, Christ dit à Marie de Magdala : "Je ne suis pas encore monté vers mon Père, mais maintenant je monte vers Lui !". Par conséquent, il n’est pas possible d’admettre que Christ, sachant qu’Il allait descendre au Schéol, le lieu où se trouvaient les décédés, et y rester plusieurs jours, Il ait pu promettre au larron d’être avec lui au ciel le jour même de Sa mort. Christ aurait fait là une promesse qu’il n’aurait pu tenir, or Sa "Parole est Vérité", nous a-t-Il dit maintes fois.
D’un autre côté, Christ devait savoir que l’Ego ne quitte pas immédiatement le corps, qu’il existe une période de mort apparente pendant laquelle la Corde d’argent n’est pas brisée. Preuve de cette affirmation, la résurrection de Lazare quatre jours après la mort apparente, en effet :
"Marthe, la sœur du mort, dit à Jésus : Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu’il est là" (Jean XI-39). On était donc à la limite des trois jours et demi pendant lesquels il est possible de ranimer un mort apparent et le Christ le savait bien.
Ce que nous devons comprendre dans la Parole du Christ au larron doit être ceci : par une componction sincère, on arrive à nettoyer son atome-germe. Or, ce larron parait bien être dans des dispositions convenables pour obtenir le pardon de ses fautes. Que dit-il, en effet, en s’adressant à son compagnon :
"Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes ; mais celui-là n’a rien fait de mal", termine-t-il en désignant le Christ pendu à la Croix.
Ce bon larron, ainsi qu’on le désigne ordinairement, reconnaît qu’il a mérité sa peine : "C’est justice !". L’acceptation du châtiment, en l’appliquant à la faute avouée, est la condition essentielle pour obtenir la rémission des péchés. La faute a été peut-être grave, très grave, mais le châtiment est également très cruel ; il y a une sorte de compensation, d’équilibre des plateaux de la balance. Le larron a compris l’expérience à laquelle il a été soumis.
Remarquez, du reste, qu’il est probable que, dans une vie à venir, ce bon larron se retrouvera en présence d’une opportunité semblable à celle qui l’a conduit au crime. C’est à ce moment seulement qu’il sera réellement libéré, s’il résiste à l’épreuve et suit la voie droite ; car une faute n’est définitivement effacée qu’au moment ou l’on peut prouver que l’on est capable de ne plus la commettre, car on a acquis une conscience suffisante pour discriminer le bien du mal et pour éviter de commettre, de nouveau, le même mal.
Faisons un rapprochement :
La Première Parole du Christ fut : "Père, pardonne-leur …", la Seconde Parole est l’application immédiate de cette prière : le pardon du malfaiteur compatissant et animé d’une componction sincère. Le Pardon imploré par Christ vers son Père, ce Pardon descend déjà sur l’humanité et le compagnon de douleur en est le premier bénéficiaire. N’est-ce pas une lueur d’espérance devant nous réjouir, en songeant que nos fautes passées, nous ne les porterons pas indéfiniment sur les épaules, mais que viendra un jour où elles seront effacées par la charité, le service, car, remarquez-le bien, ce malfaiteur s’est penché sur le sort du Christ, il s’est apitoyé sur cette souffrance, et c’est cet acte de charité qui lui ouvre les portes du ciel.
Nous sommes surpris que Max Heindel, dans "Philosophie par Questions et Réponses", Tome I, question 99 (cours de Bible N° 25), ait pu écrire que cette partie du récit des Evangiles concernant les voleurs soit un pur incident, sans aucune signification ésotérique. En méditant quelques instants, nous pouvons quand même y voir une sorte d’image symbolique du jugement des âmes.
Au milieu, les bras en croix, c’est le Juge, le Christ prêt à pardonner à ceux qui font montre de componction. A droite, ce n’est pas seulement le malfaiteur repentant, mais ce sont tous les pécheurs reconnaissant leurs torts, les regrettant et prenant la ferme résolution de ne plus recommencer ; ce sont, par exemple, tous les membres de l’Association Rosicrucienne observant la règle de la rétrospection, c’est toute l’humanité pécheresse mais repentante. Ceux de droite, dans le symbole mystique, ce sont ceux qui espèrent vers un meilleur comportement et qui désirent être sauvés.
A gauche, ce n’est pas seulement le malfaiteur cristallisé dans son erreur, ce sont tous les hommes marchant dans les ténèbres, ne voyant pas la lumière et qui devront nécessairement revenir sur Terre de nombreuses fois encore, afin d’ouvrir les yeux à cette Lumière Christique que le Bon Pasteur désire retrouver, un jour, dans Son troupeau.
Les deux voleurs et le Christ, c’est toute l’humanité considérée sous ses deux aspects de positif et de négatif, entourant son Sauveur, même si elle l’ignore. Cette sorte de triptyque a donc une valeur symbolique inspirant la confiance en la miséricorde divine ; nous ne serons jamais irrémédiablement condamnés pour nos fautes : une pensée d’amour désintéressé, un acte de charité gratuit, permet d’effacer une faute. Nous sommes loin ici des peines éternelles de l’enfer : "Bien que tu aies péché, garde l’espoir d’aller aussi au paradis" semble nous dire le Christ en Croix.
Troisième Parole : "Femme, voilà ton fils : - Voilà ta mère" (Jean XIX-26 & 27)
Voici le texte complet : "Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’Il aimait, dit à sa mère. Femme, voilà ton fils. - Puis Il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, de ce moment, le disciple la prit chez lui" (Jean XIX-26 & 27).
Nous ne devons pas oublier que l’Ego n’a pas de sexe particulier, il n’est ni homme, ni femme, de même que les Anges, ainsi que l’indique Marc (XII-25) : "... car, à la résurrection des morts, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes, de maris, mais ils seront comme les Anges dans les cieux".
Par conséquent, lorsque l’on songe à Marie, la mère de Jésus, il ne faut pas s’hypnotiser sur la féminité ou la maternité, mais considérer l’Ego qui s’est incarné dans le corps physique de Marie.
Et, c’est pour la même raison qu’il était nécessaire que les corps de Jésus soient choisis d’une façon toute particulière afin qu’ils pussent être le vêtement du Christ, pour la même raison il était nécessaire que Marie soit d’une pureté exceptionnelle, pour pouvoir enfanter le corps de Jésus dont nous connaissons les conditions particulières de perfection nécessaires. Il faut un vase pur pour pouvoir contenir de l’eau pure.
L’Ego Marie devait donc être un haut Initié dans une vie précédente ; il devait posséder des qualités psychiques et spirituelles importantes. La tradition occulte indique que l’enfance de Marie se serait écoulée dans un milieu essénien, c’est-à-dire d’une pure religiosité ; les esséniens étaient la troisième secte importante existant du temps de Jésus, dont il n’est pas question dans les Evangiles, peut-être à dessein.
Si l’on considère le Mystère de l’Assomption, par lequel le corps de Marie aurait été enlevé au ciel après sa mort, on est en droit d’admettre :
- premièrement, que le corps physique de Marie aurait subi la même transmutation que 1e corps physique de Jésus abandonné au tombeau par le Christ ; une tradition envisage que, pour cette transmutation, Marie aurait été aidée par Jésus lui-même et par des Anges.
- deuxièmement, que Marie fait partie actuellement des Frères Aînés, de ces entités chargées d’aider à l’évolution de l’humanité. Ce n’est là qu’une supposition, mais absolument admissible pouvant être envisagée et qui donne une certaine valeur au culte de la Vierge, à condition toutefois que l’on ait conscience que cette "Marie" n’est pas la mère de Dieu, ce qui serait impensable, mais un Frère Aîné susceptible de nous servir de guide ici-bas.
On peut être surpris de cette appellation de "Femme". Ce mot, qui pourrait choquer, rappelle une expression semblable que nous trouvons également dans l’Evangile de Jean. Il s’agissait du premier miracle du Christ aux noces de Cana. Nous trouvons en effet : "Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont plus de vin". Jésus lui répondit : "Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue" (Jean 11-3 et 4). Dans les deux cas, c’est Christ qui s’adresse à une femme qu’Il sait ne pas être sa mère, car Marie est la mère de Jésus seulement, il ne faut pas l’oublier. Il ne pouvait, en vérité, l’appeler autrement que « femme » ; peut-être dans un souci d’égards particuliers envers cet être merveilleux, devrions-nous traduire par : "0 femme", en admettant que Christ avait mis, Lui-même, un accent emphatique en prononçant ce mot. Il faudrait connaître exactement les mots araméens utilisés par le Christ en prononçant cette phrase ; on verrait peut-être alors que la traduction "0 femme" est plus correcte.
Il est toutefois curieux de constater que dans l’Evangile de Jean, Christ commence sa vie publique et la termine en s’adressant à Marie, en utilisant le même mot : "femme". Toute Sa vie publique est comme encadrée par cette évocation de la femme qui, tout naturellement, nous conduit à l’idée de mère.
Aussi, ne sommes-nous pas étonnés qu’après avoir dit la première fois : "Qu’y a-t-il entre toi et moi ?", laissant supposer une sorte de différence de degrés entre Marie et Christ (c’est au moins un des sens que l’on peut donner à cette expression), Christ dit la deuxième fois : "Voilà ton fils", c’est-à-dire exprime une identité.
Christ n’appartient pas à la même vague de vie que notre humanité, mais au contraire, Marie, Jésus et Jean font bien partie eux, de la même vague de vie ; ils sont trois Egos provenant de trois Esprits-Vierges issus d’un même Foyer, d’un même Logos.
Ainsi, dans cette Troisième Parole du Christ sur la Croix, Christ met au premier plan la notion de Fraternité universelle, Fraternité qu’Il avait déjà proclamée, une fois, lorsqu’Il répondit : "Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Quiconque fait la Volonté de Mon Père, qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère" (Matthieu XII-48, Marc III-35).
Du reste, en hébreu et en araméen, le mot "frère" a un sens très large ; il signifie à la fois : frère, parent (ou oncle, neveu, cousin), concitoyen, ami, prochain.
Par conséquent, aux yeux du Christ agonisant sur la Croix, Marie et Jean symbolisent l’humanité sous le double aspect féminin et masculin, mais aussi sous celui de la véritable famille universelle. C’est déjà la notion du Corps Mystique du Christ, dont tous les êtres humains sont les membres, ainsi que l’indique si bien Paul dans l’Epître aux Romains : "Nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres" (XII-5). Christ posait ainsi les premiers fondements de la Religion du Père, ainsi que l’indique Max Heindel dans la Cosmogonie des Rose-Croix.
"L’idéal de la Religion du Père sera d’éliminer toute distinction en fondant tous les êtres en Un seul, de telle sorte qu’il n’y aura plus ni Toi, ni Moi, et que les hommes ne feront plus qu’Un en réalité. Cet idéal ne sera pas atteint tant que nous habiterons ce globe physique, mais dans une phase ultérieure de notre évolution".
En attendant, Christ, en ouvrant Ses bras comme pour nous appeler à Lui, et nous serrer tous ensemble sur Son cœur, Christ nous invite à ne former qu’une grande famille universelle.
'Femme, voilà ton fils" et : "Voilà ta mère'
Le verset se termine par ces mots : "Et de ce moment, le disciple la prit chez lui", c’est-à-dire qu’il y eut immédiatement acceptation de cette invitation, pour nous inciter à cette charité merveilleuse consistant à accueillir, chez nous, celui ou celle qui souffre, celui ou celle qui est seule, sans protection, sans toit.
Nous devons faire encore une remarque à propos de cette Troisième Parole, ce Jean appelé à devenir le fils adoptif de Marie, ce Jean se réincarnera plus tard sous le nom de Christian Rosenkreuz, fondateur de l’Ordre de la Rose-Croix, dont l’enseignement est plus spécialement réservé à ceux dont la raison domine le cœur, la foi.
Si les temps à venir doivent voir triompher l’union de la foi et de la raison, nous constatons que Christ en Croix préfigure cette union en rapprochant Marie, symbole d’Amour et de Foi, de Jean, le futur Christian Rosenkreuz ; le guide de ceux qui croient davantage aux vertus de la Science.
Au pied de la Croix, cette union Foi/Raison était déjà en potentiel et, au-dessus, les bras largement ouverts, Christ appelait à Lui l’humanité entière pour communier dans un même Amour et une même Connaissance.
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