Les années 1980 - 1990
L'Affaire
« Monstre sacré » du football international aux options tactiques souvent contestées, mais à la compétence unanimement reconnue, Raymond Goethals dissimulait de plus en plus malaisément, ces dernières années, son impatience de remporter, enfin, un titre de champion de Belgique.
L’équipe nationale, qu’il avait modelée à son image pendant 10 ans, l’avait comblé mais pas assouvi. Trois saisons d’un règne souverain au Sporting d’Anderlecht l’avait couvert de gloire en Europe sans apaiser son irritation secrète : à trois reprises, il avait été contraint de se satisfaire d’un accessit dans la compétition nationale. On, l’avait senti, confusément, prêt à toutes les concessions, ouvert, même, à toutes les compromissions pour combler l’incroyable lacune qui ternissait son éblouissant palmarès mais, surtout, pour se prémunir contre toute atteinte à la régularité d'une compétition sujette, parfois, à d’étranges et nauséabonds marchandages. Raimundo n’a jamais été un tricheur. Il n’est pas davantage un homme d’argent. Le football est sa religion, son unique credo, sa raison de vivre, son oxygène. Même s’il s’est, quelquefois, laissé emporter par des emballements de Don Quichotte, il n’a jamais pu être suspecté de naïveté.
A-t-il craint que les préceptes de son code d’honneur personnel ne fussent pas, unanimement, respectés ? Sans que la moindre preuve étayât son angoisse, il a soupçonné des individus indéterminés d’avoir fomenté un complot de dernière minute pour empêcher le Standard de renouer avec la gloire sur le plan national. Goethals était devenu maladivement suspicieux. Pour éviter qu’une indélicatesse imaginaire anéantît l’œuvre d’une saison entière, il n’a pas hésité à ternir son prestige et à inciter ses joueurs à commettre une faute grave : proposer leurs primes de match à leurs derniers adversaires pour que ceux-ci ne défendent pas leurs chances avec trop de conviction et d’opiniâtreté ! Objectivement pourtant, le Standard ne pouvait pas perdre le titre national. A l’aube de l’ultime soirée de championnat, il comptait deux points d’avance sur son éternel rival, le Sporting d’Anderlecht. Celui-ci se berçait d’autant moins d’illusions que le Standard achevait la compétition en accueillant, à Sclessin, le vulnérable Waterschei Thor.
Le Standard s’imposa, effectivement, par trois buts à un et se laissa griser par ses supporters. Personne n’avait décelé la moindre malice dans cette rencontre à sens unique égayée, surtout, par les prouesses du gardien de but allemand de Waterschei Klaus Pudelko. La Belgique sportive avait communié à l’allégresse « rouche » : le Standard avait bien mérité son titre. Vingt et un mois plus tard, l’obstination inflexible d’un juge d’instruction acharné parti en croisade, sans complexe, sans contrainte mais avec jubilation, contre l’évasion des capitaux et la fraude fiscale dans le monde du football la dota en effet, sans que le « sheriff » Bellemans eût réellement cherché ce coup de théâtre, du plus navrant et du plus lamentable de tous les appendices : une affaire de corruption souillant les champions de Belgique !
La perquisition que la BSR effectua à Sclessin le 22 février 1984 allait engendrer de fâcheuses conséquences pour le club liégeois. Le 24 février, Roger Petit et Raymond Goethals avouèrent qu’ils avaient commis des faux en écriture en vue d’éluder l’impôt. Le mardi 28, Eric Gerets fut à son tour soumis à un feu roulant d’interrogations précises. Stupéfaite, la Belgique apprit, quelques heures plus tard, que « l’argent noir » découvert dans le petit cahier d’écolier de Roger Petit sous la mention, laconique, « Goethals-Genk 500.000F/150.000F » avait été libéré par le patron du Standard, à l’instigation de son entraîneur, pour persuader les footballeurs limbourgeois de « lever le pied », à Sclessin, lors du dernier match de championnat !
Eric Gerets et Roland Janssen (le capitaine de Waterschei) ne furent pas les seuls incriminés. Michel Preud’homme, Théo Poel, alter Meeuws, Jos Daerden, Gérard Plessers, Simon Tahamata, Guy Vandersmissen, Pierre Janssen, Aimé Coenen et Pierre Plessers furent, eux aussi, éclaboussés par le scandale. Dans la nuit du « mercredi le plus noir » de l’histoire du football belge, le Conseil d’Administration du Standard accepta les démissions simultanées de Roger Petit et de Raymond Goethals. Léon Semmeling repris l’équipe en main et s’acquitta avec un cœur admirable et un talent insoupçonné de la délicate missions dont il venait, brutalement, d’être investi. Grâce à ses audaces, à ses initiatives tactiques sensées, à son propos et à sa pertinence, on entendit, souvent, chanter le los des « Gamins du Standard », futurs finalistes de la Coupe de Belgique et futurs qualifiés pour la Coupe de l’Uefa 1984-1985.
L'Après...
Groggy, hébété, le Standard vivait dans un état second. Brutalement privé de son capitaine, l’esquif se révélait fragile. Aucun homme fort ne se dégageait des multiples bonnes volontés qui étaient accourues à la rescousse. Jean Wauters, un brillant homme d’affaires, s’était ému du drame vécu par les Rouches. Inlassablement, il battit le rappel des bonne volontés. Willy Gillard, qui avait longtemps secondé « Monsieur Standard », assuma les fonctions de secrétaire général. André Duchene, entrepreneur de la région hutoise, répondit à l’appel irrésistible de Jean Wauters. Les deux hommes s’entendirent, se comprirent. Ils concoctèrent un projet ambitieux, gage de l’avenir : la tribune centrale allait être démolie et remplacée par un ensemble moderne, fonctionnel, qui comprendrait des loges. André Duchene assurerait leur gestion durant dix ans, pour financer la construction de l’ouvrage. Rondement menée, la construction fut achevée en septembre 1985. Son inauguration sembla ouvrir une nouvelle ère au Standard, qui battit largement le Paris Saint-Germain, son hôte de marque. Confiant lui aussi, Opel signa un premier contrat de trois ans avec le Standard. Rien ne laissait présager les piétinements à venir …
Saison 86/87 : Michel Pavic avait remplacé Louis Pilot à la tête de l’équipe. Le stratège yougoslave fit vivre quelques moments d’exaltation au club, en Coupe d’Europe. L’élimination du Standard face au FC Tirol marqua le premier pas du club vers l’abîme. La valse des entraîneurs se poursuit : Helmut Graf remplace Pavic. Le club faisait eau de toutes parts : il n’avait enregistré qu’une dizaine d’affiliations en une saison. Roger Petit avait délaissé la formation des jeunes. La réputation de l’école en avait pâti. Jean Wauters appela Michel Foret. Il le chargea de restructurer le Comité des jeunes. Jef Vliers fut engagé comme directeur technique. Le Standard devait repartir de zéro. Les premiers fruits de ses efforts ne seraient pas récoltés avant cinq ans.
Un Américan à Liège
En 1986, naïvement, le petit monde liégeois avait cru trouver un mécène sauveur en ce beau parleur de Bernard Tapie. Reçus « comme des chiens » à Marseille par la « star » qui ne s’intéressa au Standard que le temps de la promotion d’une émission de télévision à Bruxelles, les dirigeants déchantèrent rapidement. Un an après, survint Milan Mandaric, un homme d’affaires américain d’origine yougoslave que Bojo Ban avait présenté à Sclessin. La direction du Standard lui confia la gestion sportive du club. Avec les premières déceptions encourues par l’équipe fanion, malgré les efforts de René Desaeyere, un jeune entraîneur intransigeant qui avait hissé Berchem en première division, la grogne s’insinua dans le club. Elle divisa la direction. Peine Desaeyere avait-il apposé sa signature au bas du contrat, que celui-ci fut remplacé par Pavic. Milan Mandaric manifestait quelque impatience, exigeant un feu vert inconditionnel pour s’occuper personnellement des transferts, regrettant amèrement de n’être pas venu trois mois plus tôt à Sclessin pour y effectuer de meilleurs transferts. L’Américain avait lancé un premier ultimatum en novembre 87. En février 88, il exigea 51% des parts et le contrôle complet du club. La réaction du Standard fut prompte. Jean Wauters et André Duchene clamèrent : « Il n’est pas question de brader notre patrimoine ». La rupture était définitivement consommée.
Un sécretaire Général...enfin
La nouvelle société anonyme se voulait le gage d’un avenir meilleur. Le 1er avril 1988, le Standard engagea Roger Henrotay au poste de secrétaire général. La saison allait s’achever dans deux mois. Il lui fallait étudier les carences, multiples, de l’équipe puis le marché pour réaliser les transferts susceptibles de redorer le blason défraîchi du Standard. Limam, Tikva, Rosenthal et d’autres rallièrent Sclessin. Avant cela, le nouveau secrétaire général du Standard avait tenté d’attirer à Sclessin Georges Heylens. Le 18 avril, celui-ci signa un contrat qui le liait au Standard pour trois ans. Le 20 avril, le club de Lille, où Heylens officiait, invoqua une clause de la Charte du football français, qui précisait que la clause de résiliation, dont Heylens pensait bénéficier, n’était valable que pour la première saison. Le LOSC refusa de libérer son entraîneur. Le Standard venait de recevoir une gifle dont l’amertume fut à peine pansée par la confiance que Gilbert Bodart témoigna au club, en acceptant de prolonger son contrat.
Entre le secrétaire général et Pavic, le courant ne passait pas. Roger Henrotay le limogea, quelques jours avant la finale de la coupe de Belgique, appelant Jef Vliers à la rescousse pour préparer cette finale, qu’il perdit. En même temps, Roger Henrotay annonça l’arrivée du nouvel entraîneur : Urbain Braems. L’exercice 1988-1989 se révéla décevant. Il constituait certes une saison de transition : onze joueurs avaient quitté le Standard, neuf l’avaient rejoint. Parmi eux, des déceptions très nombreuses, comme Thans, racheté à Lens pour constituer le « dernier maillon », Limam, Tikva. Le Standard termina sixième. A une place d’une qualification pour une Coupe d’Europe. Anderlecht le battit une fois encore, toujours par deux buts à zéro, en finale de la Coupe nationale. Trop gentil, Urbain Braems était incapable de dynamiser ses joueurs. A l’issue de la saison, il partit en vacances, laissant Roger Henrotay mener la campagne des transferts. Celui-ci dégotta entre autres trouvailles un attaquant mexicain, Carlos Hermosillo, qui disputa un nombre minimal de matches avant de retourner en Amérique centrale. Il prit place dans la longue liste des transferts ratés du Standard.
La Mage de l'Antwerp
Le climat continuait de se détériorer . Urbain Braems, prostré, baissait la tête sans répondre aux questions que se posaient les partisans du Standard. Une rumeur se répandit : Roger Henrotay avait rencontré, à Aix-la-Chapelle, Georg Kessler. La présentation de l’équipe avait lieu dans un château condruzien. Urbain Braems venait de quitter ses joueurs. Georg Kessler se dressa subitement, en haut du perron, superbe de prestance. Plusieurs standardmen verdirent devant la confirmation des rumeurs. Rapidement, il rétablit ordre et discipline au Standard. Il encouragea l’esprit d’équipe, la solidarité. Son enthousiasme communicatif fustigea les plus léthargiques. Les nuages semblaient s’éloigner de Sclessin. Georg Kessler faisait l’unanimité. IL opéra deux transferts : Molnar, meilleur buteur du Danemark, et Henk Vos, bourreau d’Anderlecht à Ekeren. Ces deux joueurs amenèrent la grande foule à Sclessin, malgré la déroute encourue à La Gantoise, en Coupe, avant la trêve. Survolté, le Standard refit une partie de son retard en championnat. Les deux nouveaux séduisirent |
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